—Elle devient bien évaporée, soupira la Buguet.

Jasmin eut un geste triste et l'année s'achemina vers Pâques par les temps d'averses et de neiges.

Buguet envoyait à Martine des épîtres brûlantes où il décrivait son impatience: «Tout me semble lugubre ici, je n'attends plus les fleurs et les fruits des arbres, mais bien ta venue, car c'est elle seule qui ferait ma joie. Je ne lis plus les livres de M. de la Quintinye, bien que j'aie beaucoup à y apprendre encore pour le temps où je serai chez Mme la marquise, un temps qui m'apparaît comme le paradis au bout de la vie. Tu devrais en hâter l'arrivée.» La soubrette répondait qu'elle ne pouvait rien faire, qu'il était défendu d'interroger les maîtres. «Mais Mme de Pompadour est toujours bien disposée à notre égard, écrivait-elle. Elle va faire construire un château près de Paris. Nous serons les jardiniers et Agathon Piedfin entrera dans les cuisines. Il est toujours aussi bigot et épris de ta Martine. Les autres se moquent de lui. Ils lui offrirent à sa fête un chapelet d'oignons et lui firent manger sans qu'il s'en doutât son pigeon, son saint Esprit, aux petits pois. Il en a pleuré et j'eus pitié de lui.»

Jasmin se sentait envahi par un secret désespoir. Ses joues devenaient maigres, son front soucieux. Il délaissait ses plantes, négligeait son jardin, ne lisait plus que les missives de Martine qu'il portait sur lui, avec le billet paraphé par la Pompadour.

Enfin au bout de l'année, il reçut une grosse nouvelle: «J'arrive à Boissise en avril prochain; nous nous marierons en mai et nous partirons retrouver Mme de Pompadour.» C'était signé MARTINE en grande écriture joyeuse.

Le mariage eut lieu dans les premiers jours de mai 1748.

La veille, un vendredi, une lourde patache s'arrêta devant la maison du jardinier. Un long personnage maigre en sauta, leste, et pirouetta sur lui-même.

—Buguet! s'écria-t-il. Buguet! Est-ce ici?

Jasmin apparut.

—Agathon Piedfin!