Tout le monde travaillait chez Buguet. Tiennette Lampalaire fourbissait avec de la cendre le cuivre d'un poêlon.

—Voilà que ça brille! dit-elle. M. Agathon pourra y mirer ses oreilles pointues. Tiens! Il ressemble à une bête en marbre de chez le marquis d'Orangis, comme qui dirait une espèce d'homme qui a des pieds de bouc. Ça court les bois aux trousses des filles. Eh bien! si M. Agathon voulait être mon mari, je voudrais voir avant s'il a des pieds de chrétien.

Le lendemain tout le village était en rumeur. Le monde disait que la marquise de Pompadour avait envoyé son meilleur cuisinier pour fricoter le repas de noce.

Nicole Sansonnet, la pêcheuse d'anguilles, affirmait que c'était le même qui, à certains jours de fête, inventait pour le Roi quarante plats d'entrée, neuf rôtis, sans compter les desserts.

Le dernier béquillard quitta son escabeau pour voir au passage les élus d'un tel festin.

Il faisait un joli temps de mai. La cloche de la petite église envoyait des sons grêles aux muguets des bois voisins, aux dernières fleurs des pommiers. Des tourterelles roucoulaient dans le parc du marquis d'Orangis.

Le cortège eut peine à sortir de l'église. Tous voulaient saluer
Martine. Elle apparut aux derniers accords du petit orgue.

La mariée portait une robe de guingan bise et rose, qui faisait bien valoir son teint ému. Une fantaisie de Jasmin lui avait mis au corsage un bouquet de narcisses. Un petit bonnet blanc la coiffait.

A la maison, Piedfin effeuilla un parterre de pivoines pour en faire un chemin aux mariés. Il posa des gerbes de lys-flamme des deux côtés de la porte. Au retour de la messe, ce furent des cris d'admiration:

—On dirait que c'est fait par un ange, dit la tante Gillot.