Gillot leur trouva l'air de deux corps sans âme.

—Si vous m'aviez vu le jour de ma noce! s'écria-t-il.

Il se tourna du côté de sa femme:

—Tu t'en souviens, Théodosie?… Et toi, la Buguet?

La Buguet haussa les épaules avec un air de résignation et Martine esquissa un sourire vague. La mélancolie l'avait prise tandis qu'elle écoutait l'orgue à l'église. Elle songeait à la chasse de Sénart, à la robe rose de sa maîtresse, au matin de Fontainebleau, et à tout ce qui se passait au fond du cœur de Jasmin. La jeune femme se disait qu'en vérité ce n'était pas elle qu'épousait Buguet. Bien qu'elle fût heureuse du mariage, Martine se sentit presque un regret des artifices dont elle avait usé pour séduire son promis. Il lui semblait qu'une étrangère présidait à la table et que Jasmin, malgré ses rubans blancs à la boutonnière, ne lui appartenait pas.

—Ah! sans la Marquise la fête serait moins splendide, mais je serais tout à fait contente!

Les convives attaquèrent les andouilles à la pistache qu'Agathon avait apportées. Martine croqua des olives. On n'en avait jamais vu à Boissise-la-Bertrand. Tiennette voulut y goûter. Elle fit la grimace, cracha sous la table.

—Ça ne vaut pas un radis rose, déclara la femme d'Eustache
Chatouillard, qui était enceinte à son huitième mois.

—Voilà des radis roses, lui dit Nicole Sansonnet. Avalez-en une poignée avec les feuilles. C'est souverain pour les femmes quand les cheveux de l'enfant commencent à leur tourner sur le cœur.

De son côté Euphémin Gourbillon, pour amuser la société, tirait un petit livre de sa poche et le passait à ses voisins. C'était l'Almanach des cocus.