Martine dans l'obscurité devina que Jasmin pleurait.
La petite voiture et le cheval, par Boissette, se dirigeaient vers Melun. Jasmin avait revendu son attelage au marchand, perdant quelques écus sur le prix, et il devait livrer avant de partir. Blanchon suivit le bord de la Seine, qui clapotait par la brise nocturne.
Bientôt une lueur blafarde se dessina à l'horizon et l'aurore allongea dans les nues une longue barre qui fit, avec la flèche élancée de Saint-Aspais, une croix aux bras d'or à travers le ciel. Melun dormait sous ce signe.
Le marchand de voitures remit quelques pièces bien sonnantes à Buguet et aida les jeunes époux à s'installer dans le coche d'eau qui partait pour Paris.
Il y avait déjà à l'entrepont deux moines et trois nourrices, des paysans, un officier des gardes suisses, des marchands de volaille. Ceux-ci embarquèrent des paniers remplis de poules, d'oies, de canards, qui se prirent à criailler dans les cordages du tillac.
On partit.
Cinq chevaux traînaient le coche au moyen d'une longue corde attachée au mât. Parfois celle-ci, se détendant et frôlant l'eau rosie par le matin, y faisait comme le feu à une traînée de poudre. Les mariniers sur le pont se préparèrent une soupe dans une huguenote. L'onde était calme ainsi qu'un miroir.
Le coche fut bientôt en vue de Boissise-la-Bertrand, devant laquelle il fallait repasser. La Buguet était au bord de la Seine avec Tiennette. Elles firent des gestes d'adieu. Jasmin regarda sa mère aussi longtemps qu'il put; lorsque le bateau s'approcha de Saint-Port, il ne distingua plus que le point blanc de la cornette de la vieille qui remontait la berge. Alors il chercha des yeux le toit de sa maison: il le reconnut entouré des cimes de ses arbres. Un peu de fumée s'éleva du pignon. Jasmin mit sa figure dans ses mains et pleura.
Martine chercha à le distraire.
—Voici les Gillot! dit-elle.