—Et l'on vit bien chez eux, ils aiment les douceurs et les partagent entre tous. Ils sont aimants, caressants. On ne se sent jamais seul. Et ils vous farcissent le cœur de bons sentiments. Encore un gobelet?

—Merci, dit Jasmin.

—Voyons, je régale! reprit Piedfin. Et boire du bourgogne n'est point pécher, je vous assure. Jésus changea l'eau en vin. A chaque messe, il se transforme encore lui-même en ce précieux liquide. C'est la boisson la plus sacrée et je me jetterais à plat ventre sous les roues des voitures s'il en coulait, de Champagne ou de Beaune, dans le ruisseau des rues.

Piedfin continua:

—Les pères possèdent des clos d'où l'on tire un vin magnifique.

—Mais pourquoi les avoir quittés?

—Ceci est un mystère, dit Agathon en baissant les paupières.

Un abbé entra dans la rôtisserie. Il avait de petites mains de femme.
Piedfin se précipita vers lui et l'embrassa. Puis il revint près de
Buguet.

—C'est un de mes plus chers amis, dit-il. Ah! ce saint homme surtout, que je connus jadis au séminaire, m'enseigna à détester les femmes. Je puis vous assurer qu'il les a en horreur. Et je suis enchanté qu'il m'ait appris que, dans la vie, il faut savoir se suffire à soi-même, sans prendre souci de s'encombrer de falbalas, de jérémiades, de petits airs stupides, de soupirs et d'ennuyeuses fadaises! Ah! Je ne dois jamais, comme ces jolis coureurs dont j'ai pitié, offrir une éclanche de mouton au Treillis vert ou du vin blanc au Pavillon chinois—A quelque prétentieuse poissarde, à quelque figurante ou chanteuse des chœurs! La femelle n'empeste point mes nuits! Et quand j'acquiers quelque pommade à la frangipane ou du vinaigre de Vénus, je me les applique à moi-même!

Agathon sourit d'un air malicieux: