Ses larges paniers emplissaient la voiture de falbalas. Sa main gauche laissait flotter les rênes; la droite agitait un grand éventail.
Elle portait un chapeau à la bergère sur ses cheveux poudrés et avait trois mouches si subtilement posées qu'elles brillaient comme des étincelles sur le teint pâle que relevait un rien de fard. La robe échancrée à la gorge montrait la naissance des seins. Tout provoquait dans la belle cochère: la fierté sur son front, la luxure aux fossettes de ses joues et aux coins de ses lèvres. La transparence de ses dentelles carnait d'un diabolique éclat jusqu'à ses perles, tandis que ses yeux armés cherchaient une victime. Son bras avait l'élégance d'un col de cygne, et sa toilette semblait avoir été trempée dans le sang enflammé des roses de Bengale.
La dame traversa les groupes des chevau-légers, des grenadiers, des valets; elle excitait la curiosité de tous ces hommes.
Elle passa devant le roi, s'inclina.
Jasmin voyait tout du haut de son arbre. A l'aspect de la dame, il éprouva un trouble étrange. L'émoi lui fit lâcher une seconde la branche qui le soutenait. Il entendit battre son cœur dans sa poitrine. Ebloui comme si la reine des fleurs fût apparue, le jardinier cria:
—Mordi, la belle femme!
Mais une gerbe était là, dans la voiture, à côté de la dame. Jasmin proféra, la gorge serrée:
—Mes fleurs!
Il avait reconnu les nériums cueillis aux lueurs de l'aurore devant sa maisonnette et il dit, tremblant:
—Mme d'Étioles.