—La poudre des Chartreux fait faire des évacuations surprenantes, conclut Piedfin avec onction.

Martine s'amusait des réparties si salées pourtant de Flipotte. Ensemble elles complotaient des farces à Piedfin, lui envoyant des billets doux, signés de noms inconnus, qui flattaient la vanité du marmiton et le faisaient se noircir les sourcils de fusain et se regarder avec plus de complaisance dans les miroirs.

Agathon avait pris en amitié un jeune négrillon, offert par un amiral à la Marquise, et qui, le regard atone et le front abruti, pouvait à peine tenir avec quelque élégance un parasol. Le cuisinier donnait à son jeune ami des dorioles, il récoltait pour lui les fonds des tasses de chocolat, lavait ses vestes de drap avec une décoction de feuilles de lierre, ainsi que cela se pratique dans certains couvents pour les robes des moines.

—Tu as dû adorer la Vierge Noire à ton monastère? demanda Martine au défroqué.

—Cela ne vous regarde point. Je catéchise ce jeune Africain et lui apprends à aimer Dieu et à se mettre en garde contre les tentations du diable et celles des filles d'Eve.

Parfois les valets et les gardes organisaient des repas. On s'installait dans le bosquet vert ou dans le cabinet de treillage. Les gens se couchaient sur l'herbe, les femmes près de leurs maris, les amants près de leurs maîtresses, Flipotte à côté du plus bel homme et Piedfin tout seul.

Le marmiton préparait la cuisine en plein air. Il joignait les mains au-dessus des marmites et apportait les plats comme s'il eût présenté le bon Dieu. Flipotte se moquait de lui. Il rougissait sans rien dire, puis, aussitôt les convives assis autour des mets, il racontait son goût pour le théâtre, un goût que tous lui connaissaient pour l'avoir surpris souvent à répéter devant le miroir des cheminées le tic des acteurs. Il récitait des fragments d'Athalie.

—Fallait te faire comédien! lui dit Martine.

—Ce métier n'est point assez bien vu du ciel!

XII