—La mère Buguet n'est pas malade? demanda Jasmin anxieux, en s'installant au milieu des bagages.

—Malade, non. Mais l'âge lui pèse. Vous aurez peine à la reconnaître. J'aime mieux vous prévenir pour que vous n'ayez pas l'air de la trouver changée, ça lui ferait de la peine, et elle en a eu tout son saoul depuis que vous êtes partis.

Jasmin retint un sanglot.

—Passe-moi les rames, ça ira plus vite!

Chaque fois qu'il se penchait, d'un grand bond la barque se rapprochait de la rive.

Comme Martine ignorant le sort de Tiennette ne pouvait répondre aux questions du garçon, tous se taisaient lorsque la pointe de l'embarcation s'enfonça dans les joncs de la berge.

Sans se retourner, Jasmin escalada la rive, suivi de Martine qui avait confié son butin au passeur. Ils allaient sans rien voir que la maison: elle était presque méconnaissable avec ses volets clos, le pignon humide et le marronnier qui avait grandi, mal taillé, et s'emportait à la cime.

La mère Buguet apparut à la porte. D'une main elle s'appuyait sur un bâton, de l'autre elle se tenait au chambranle. De loin on lui voyait le front assombri, les orbites embrumées de tristesse, les joues pâles, d'une pâleur un peu verte, le dos voûté. Jasmin s'élança, franchit le jardinet, enfonçant dans la pourriture des feuilles mortes. La vieille pour lui tendre les bras s'accota au mur. Elle pleurait.

—Ne pleurez pas! Ne pleurez pas! supplia Jasmin. C'est pour toujours que nous revenons.

—Laisse, laisse, petit, ça fait du bien.