Elle ouvrit ses volets, lâcha les pigeons, pendit trois cages à ses murs escaladés par les vignes.

À travers la brume les petits carreaux des fenêtres rirent sous le toit en tuiles rousses; la lucarne qui donnait sur le village s'enflamma au reflet de l'aurore.

Cette humble demeure s'érigeait à Boissise-la-Bertrand, un village juché au bord de la Seine, à une lieue en aval de Melun, au long de la rive droite. Elle se présentait la première, quand on arrivait par le chemin de Saint-Port; elle regardait le cours d'eau, très large vers cet endroit, et haute d'un seul étage s'adossait à la pente du coteau sur lequel s'étendait le jardin.

Le plus beau des jardins! Les Buguet étaient fleuristes de père en fils. Leurs plates-bandes rivalisaient d'éclat avec celles du petit château voisin, badigeonné de jaune et qui appartenait aux marquis d'Orangis. Jasmin avait la coquetterie de sa flore. Dès le printemps il exposait sous la treille, appuyés à la façade du logis, des petits «théâtres de fleurs»: assemblages de plantes qui s'élevaient sur des gradins les unes derrière les autres, en sorte que l'œil et la main se pouvaient porter partout sans obstacle. Il y mettait des oreilles d'ours, des renoncules d'or, des anémones; elles alternaient avec les tulipes jaspées qui éclairaient de leur flamme cette parade printanière. Un marronnier d'Inde abritait l'étal qu'eût dévoré le soleil. En été Jasmin disposait sur les gradins les œillets rouges, les glaïeuls et la campanule-carillon. L'automne y faisait épanouir les géraniums, les tricolors, les chrysanthèmes.

Or ce jour de septembre le jardinier se leva avec le soleil. La veille, avant de retourner au château, Martine Bécot, la chambrière de Mme d'Étioles, lui avait dit en ouvrant des yeux cajoleurs:

—Je suis en peine, Jasmin! Il me faut demain des fleurs roses pour orner le phaëton de ma maîtresse. Je ne sais où les trouver!

Buguet s'était planté un œillet au coin de la bouche et avait répondu, fanfaron:

—Je te donnerai toutes les fleurs de mon jardin, si tu viens prendre celle-ci avec tes dents!

Martine avait obéi. C'est pourquoi dès l'aurore Jasmin coupait les fleurs de six grands lauriers roses qui dans leurs caisses peintes en vert clair s'alignaient devant sa maison.

Ah! C'est bien pour l'amour de Martine qu'il abattit d'un coup ces rameaux qui balançaient au vent leurs calices parfumés! Il les sacrifia tous: la maisonnette fit grise mine, sa parure enlevée, et ce fut avec mélancolie que Jasmin couvrit la grande corbeille où il avait couché les jolis nériums, après avoir eu soin d'envelopper chaque branche de mousse humide.