Docile Buguet regarda par la fenêtre les pelouses désertes.

—Vois! s'écria tout à coup la soubrette.

Rapide comme une baladine qui change de costume dans une farce, Martine avait mis la robe de Mme d'Étioles. Elle s'approcha de Jasmin, passa ses bras autour de son cou et lui lançant un de ces regards qu'il n'avait revus qu'en rêve:

—Mon amant, soupira-t-elle, mon cœur languissait. Je me mourrais d'ennui loin de toi.

Ah! le son de cette voix, et les fraîches blancheurs d'une poitrine jeune, d'un col renversé où gazouillait le désir, et le frôlement de fines malines sentant la bergamote! Une folie monta au cœur du jardinier. Il prit Martine à la taille, se laissa glisser à ses pieds et lui déclara son amour avec des lèvres tremblantes, avec des larmes dans les yeux, avec des mots candides et tendres que n'avait jamais entendus son amie accoutumée aux galanteries de la valetaille et aux badinages des nobles libertins.

Buguet couvrait de baisers les bras de Martine. Il se releva, posa ses lèvres sur sa gorge, caressa ses cheveux.

—Si j'étais poudrée aussi, murmura la camériste.

—Tes cheveux bruns ont la couleur du sillon, le soir quand je laisse la bêche pour regarder le ciel au-dessus d'Étioles!

Il pressa la camériste sur sa poitrine.

—Va-t'en, Jasmin! Tu me troubles.