Je veux le tenter, cependant, et j'en parlerai autant que l'infiniment petit peut parler des choses infinies, car n'est-ce pas l'infini que cet horizon de 80 lieues, triplant l'étendue de l'horizon marin avec la même grandeur de lignes, mais plus riche, de ses déserts, de ses champs cultivés, de ses forêts, de ses mille plans étagés, où le prisme éclatant de la lumière verse en prodigue ses plus étincelantes couleurs.

Arrivé au point culminant de la lèvre supérieure du cratère, le voyageur se trouve entre deux abîmes, et le vertige, qui tout d'abord s'empare de lui, semble plutôt un éblouissement des splendeurs que son regard embrasse, que l'effet des gouffres béants qu'il ose braver.

Il a derrière lui le cratère immense, ses jets de vapeurs sulfureuses et ses grondements souterrains; à ses pieds, un chaos de roches mutilées, scories gigantesques se soulevant de leur couche de neige et de cendre, rappellent, dans le convulsif et le tourmenté de leurs attitudes, les damnés de Dante cherchant à s'arracher de leur cercle de glace; à droite, le pic du Moine lève sa tête altière, et tout au bas, l'œil se perd dans les précipices vertigineux de la barranca de Mispayantla.

Aux heures matinales, l'aurore se lève à peine pour les profondeurs de la vallée; seule, une large ceinture de forêts s'étale verdoyante sur les gradins de la sierra, baignant ses pieds dans les blanches vapeurs que soulèvent les premiers rayons du jour.

Les plaines alors, semblables à d'immenses lacs, n'offrent à l'œil que l'aspect d'énormes vagues de nuages, d'où surgissent, au milieu de cette mer aérienne, les noirs sommets des pitons de la vallée. Mais le soleil monte, et vous assistez ébloui aux magiques transformations de cette nature enchanteresse: les vapeurs se groupent et s'élèvent, des éclaircies se forment, et comme au travers d'un ciel moutonneux on aperçoit par moment les étoiles, l'œil saisit, dans les méandres des nuées qui s'agitent, quelque blanche maison, une partie de village, la rive d'un lac, un bouquet de verdure, ou le scintillement des clochers lointains.

Puis comme un voile qu'on déchire, et dont les lambeaux sont emportés par les vents, les nuages disparaissent, et la vallée tout entière développe aux regards ses merveilleuses beautés.

Des hauteurs de glace où vous trônez, un prodigieux royaume s'offre à vous: grâce à la transparence de cette atmosphère lumineuse, tout se rapproche et se dessine, la distance est anéantie, et l'œil distingue, à vingt lieues au delà, les plus légers détails de cet admirable tableau. Voilà le bourg d'Améca et le sacro monté qui le garde, et la plaine fleurie qui l'entoure; à gauche, la vallée d'Ozumba; à droite, les monts de Tlalmanalco, Miraflores et ses clochers mauresques; plus loin, Chalco se mire au soleil dans les eaux de ses lagunes; ici, c'est le Peñon, le lac de Tezcuco, sur les bords duquel se traîne languissante, à l'ombre des sabinos centenaires, l'héritière de la grande ville aztèque; puis les murailles étincelantes de Mexico, les mille clochers qui les dominent, et les ravissantes villas qui l'accompagnent: toutes, malgré les vingt lieues qui vous séparent d'elles, se distinguent encore dans l'éloignement; voilà San Agustin la joueuse, Tacubaya la blonde, Chapultepec d'impériale mémoire, et Guadelupe la Sainte. C'est un ensemble extraordinaire de déserts, de lacs, de villes et de villages, de plaines verdoyantes, de monts volcaniques et de sommets boisés. Comme ceinture à ce magnifique tableau, la Cordillère étend au loin les lignes sombres de ses monts de porphyre.

Mais la plaine de Puebla nous appelle, offrant les mêmes perspectives avec plus de lointain encore dans l'horizon; à douze lieues, la ville semble à vos pieds, et le regard, en suivant la vallée de Tehuacan, pénètre jusqu'en Terre Chaude, pour saisir la silhouette des cactus gigantesques et des palmiers sauvages.

Cinq volcans, cinq pics neigeux, la Nevada de Toluca, l'Iztaccihuatl, la Malincha, l'Orizaba, le Popocatepetl, ce dernier, maître et roi de ces géants domptés, s'élèvent au-dessus des plateaux de l'Anahuac; chaque soir, le soleil les dore de ses feux, alors que dès longtemps il abandonna les plaines; on dirait de cinq lustres immenses que la main du Tout-Puissant espaça dans ces hauteurs, pour illuminer le plus merveilleux panorama du globe.

En descendant, nous trouvâmes la tente établie à cent pieds environ, dans un premier repli du cratère, sur la petite esplanade du Malacate (c'est un cylindre de bois, autour duquel s'enroule le câble qui permet de descendre dans le fond du cratère et d'en remonter les matières soufrées qu'on exploite à Tlamacas). Une heure à peine nous suffit pour prendre les vues du côté droit du cratère, du fond même du volcan et de L'Espinago del diablo, le côté gauche; les bains d'argent se voilaient bien d'une légère couche de sulfure, mais les vues réussirent cependant, et deux surtout furent très-belles.