—Qu'un seul, répondit celui-ci: le tableau rappelait une scène de Fra Diavolo ou de Marco Spada, mais avec un cadre plus grandiose. Je me trouvais en présence de sept cavaliers montés sur des chevaux admirables; ils avaient des costumes de grand prix, de belles armes, des chappareras de peaux de tigres, et leurs grands chapeaux mexicains étaient galonnés d'or avec des toquilles énormes. Je n'avais jamais vu, ma foi, de voleurs aussi bien habillés. «Passez devant, me dit l'un d'eux avec une grâce parfaite, il ne vous sera fait aucun mal.» Bronzé par une vie d'aventure, j'assistai indifférent à la scène qui suivit; j'y éprouvais même une certaine jouissance, c'était le complément de ma vie de voyage. Cependant, lorsque j'entendis les cris déchirants que poussa la jeune fille, je ne pus m'empêcher de voler à son aide; elle se jeta sur moi, enlaçant mon cou de ses beaux bras blancs et pleurant, suppliant, invoquant sa mère.

—Ah! sauvez-moi, disait-elle, sauvez-moi! Pauvre enfant, la sauver! de toute mon âme..... mais que faire? Sept hommes armés, seul, et pas un couteau. Ces messieurs néanmoins n'usèrent ni de brutalité, ni de menaces.

—Allons, ma chère enfant, disait le chef, séchez vos larmes, somos caballeros, nous sommes des gens bien élevés et vous n'aurez aucun mauvais traitement à subir. Venez, le temps presse, partons; et comme la jeune fille se débattait en désespérée, deux des hommes l'enlevèrent de force et la posèrent en croupe sur la monture de l'un d'eux. Vamos, commanda le chef. Ils disparurent dans le monte, où bientôt les cris de la pauvre Dolorès se perdirent dans le lointain. Au premier village où nous arrivâmes, il y avait un relai.

—Ne ferez-vous point une déposition? fis-je au cocher.

—À quoi bon, dit-il? on la rendra bien toujours à sa mère.

Nous passâmes. Peu après nous descendions les cumbres d'Aculcingo, et sur les trois heures de l'après-midi, nous arrivions à l'hôtel des Diligences, à Orizaba. La mère de Dolorès était là, attendant sa fille: il fallut lui conter l'enlèvement; je ne dirai point sa douleur. J'ignore si jamais son enfant lui fut rendue.

Un jour encore et j'allais atteindre Vera Cruz, revoir la mer et m'embarquer pour l'Europe: je n'osais croire à tant de bonheur, et cet Océan que j'ai toujours tant redouté n'avait plus pour moi que des sourires. Le 28 décembre 1859, je faisais mes adieux aux plages mexicaines; j'allais traverser de nouveau les États-Unis, alors en voie d'insurrection. Après quatre années d'absence, le 2 février 1861, je foulais la terre d'Europe.

FIN


PLATES