Fig. 25.
Le grand cousin avait donné le tracé des soupiraux en même temps que le profil du soubassement de 1m,50c de hauteur au-dessus du sol extérieur.
Fig. 26.
Ce tracé donnait, en coupe A et en plan B, la figure 26. Il fallut que le grand cousin expliquât ce tracé à son inspecteur, qui ne le comprenait pas du premier coup. «La lumière venant du ciel suivant un angle de 45° en moyenne, c’est suivant cet angle qu’il faut éclairer les caves, dit le grand cousin. Le soubassement se composant: d’une assise D à moitié engagée sous le sol, de deux assises franches E F, et d’une assise portant la retraite, nous donnons au mur de cave, portant naissance des berceaux, 0m,90c. Le mur au-dessus du sol intérieur ayant 0m,60c, ce mur donne 0m,30c de chaque côté de l’axe invariable; mais le soubassement ayant 0m,10c de saillie extérieurement, de l’axe au parement extérieur de ce soubassement, il y aura 0m,40c. Intérieurement, le mur descend à plomb jusqu’au sommier qui porte les berceaux. Il faut 0m,20c pour recevoir ceux-ci. Donc, de l’axe au-dessous de la naissance des berceaux, il y aura 0m,50c intérieurement, et 0m,40c extérieurement: total, 0m,90c. L’assise basse se dégageant au-dessus du sol extérieur de 0m,15c, puisque le soubassement doit avoir 1m,50c, il reste au-dessus de ces 0m,15c, 1m,35c; laquelle cote divisée en trois donne pour chaque assise 0m,45c. Je prends l’ouverture du soupirail dans la seconde assise, j’entaille la troisième de 0m,10c par un chanfrein, pour prendre du jour, ainsi que nous l’indique la face extérieure M, et la coupe. Je taille la première assise en retraite à 45°, comme il est tracé en I, en laissant un tableau a de 0m,25c, ainsi que vous le voyez sur le plan. Puis, en arrière de ce tableau, je pose un linteau avec un chanfrein de même, comme il est tracé en O, et j’ai le soin de laisser en b deux feuillures[47] de 0m,05c, pour poser des châssis ou grilles si l’on veut. Du fond de ces feuillures, j’ébrase le soupirail, qui n’a que 0m,80c d’ouverture à l’extérieur, jusqu’à 1m,00. Je trace en coupe une ligne inclinée m n 0m,20c au-dessus du linteau O, lesquels 0m,20c seront la flèche de l’arc du voûtain qui pénétrera dans le berceau et dont la courbe en projection horizontale donnera le tracé X. Ainsi, cet arc X recevra la poussée des claveaux du berceau et la reportera sur les deux joues P. Le père Branchu n’aura qu’à tracer cette courbe X sur les couchis des cintres pour former son voûtain.»
Il n’était pas bien certain que Paul saisît parfaitement cette explication répétée plusieurs fois, et il ne la comprit parfaitement que quand il vit le père Branchu maçonner les soupiraux et que ceux-ci apparurent décintrés (fig. 27).
Fig. 27.
«Je vous sauve les difficultés, dit le grand cousin, qui voyait bien que Paul comprenait difficilement la construction des caves, car la structure des voûtes, de leurs pénétrations, est une affaire qui demande d’assez longues études. Nous n’avons fait que des berceaux simples, et vous remarquerez que les portes des caves donnent toutes dans des tympans et non sur des murs recevant des retombées de voûtes. Avec les difficultés, j’évite aussi des dépenses inutiles. Nous poserons de la pierre dure en soubassement, mais vous remarquerez que, sauf dans les angles et pour les soupiraux, elle n’est qu’en revêtement, ne fait pas parpaing, c’est-à-dire ne prend pas toute l’épaisseur du mur. Nous avons d’excellent moellon, qui, avec le bon mortier que nous employons, est plus résistant qu’il n’est nécessaire pour porter deux étages et un comble. En laissant ce moellon former des harpes saillies à l’intérieur, nous les relions mieux aux reins des berceaux (fig. 28), et nous économisons ainsi la pierre de taille. En élévation, au-dessus du soubassement, vous verrez encore comme on peut, quand on veut, épargner la pierre de taille, tout en faisant d’excellentes constructions. Nous trouvons d’ailleurs sur les plateaux environnants, des bancs minces de calcaire, qui se délient régulièrement suivant une hauteur de 0m,15c à 0m,20c et qui sont excellents pour faire du moellon smillé. Nous appelons moellon smillé ou piqué, celui que l’on pose avec parements vus, lits et joints taillés d’une façon quelque peu rustique. Derrière ce moellon parementé qui donne un petit appareil agréable à l’œil, et dont la rusticité contraste avec la pureté de la pierre de taille, on pose du moellon ordinaire. Ainsi obtient-on, dans les contrées où ce moellon se trouve naturellement en carrière, des maçonneries peu dispendieuses. Mais il est puéril de s’amuser à poser du moellon piqué là où la pierre de taille tendre abonde et où il la faut débiter en petits morceaux pour obtenir cette apparence. Vous comprenez que ce n’est pas procéder suivant le sens commun, de s’amuser à couper en petits morceaux de gros blocs de pierre, et que, quand les carrières ne donnent que de ceux-là, il est raisonnable de les employer en raison de leurs dimensions et de conformer la construction à la nature et à la hauteur de ces pierres. Ici, nous avons, quand nous voulons les demander, de gros blocs, mais ils ne sont pas communs. Nous devons donc nous en tenir, autant que possible, à la qualité des matériaux que le sol nous fournit en abondance.»