—Eh, m’sieu l’architecte, il ne va pas ben loin le fil!

—Qu’il aille près ou loin, je n’en veux pas, vous entendez? Paul, vous veillerez à ce qu’on ne la pose pas... Voyez-vous bien cette petite fêlure à peine apparente, frappez avec ce marteau des deux côtés... Bon! le son que rend la pierre est mat de ce côté; eh bien, cela vous prouve qu’il y a solution de continuité, et, la gelée aidant, ce morceau de droite se détachera de son voisin... Voici des briques que vous ne laisserez pas employer: voyez comme elles sont gercées; puis, ces points blancs... ce sont des parcelles de calcaire, que le feu a converties en chaux. À l’action de l’humidité, ces parcelles de chaux gonflent et font éclater la brique. Vous aurez soin, avant de laisser employer les briques, de les faire bien mouiller. Celles qui contiennent des parties de chaux tomberont en morceaux, et, par conséquent ne seront pas mises en œuvre.

—Mais, mon bon m’sieu, dit le père Branchu, c’est pas ma faute à moi, j’suis pas dans la brique!

—Non; mais c’est à vous de renvoyer celles qui sont défectueuses au chaufournier et de ne pas les lui payer, puisque vous vous êtes chargé de cette fourniture: cela lui apprendra à bien purger sa terre des débris de calcaire.—Voilà du sable qui contient de l’argile; voyez comme il tient aux doigts! Père Branchu, je ne veux que de bon sable, bien âpre; vous savez bien où il y en a. Vous avez fait prendre celui-ci à côté, il n’est bon que pour mettre dans les reins des voûtes des caves, comme remplissage; ne le laissez pas employer dans le mortier, vous entendez, Paul! Il faut pour le mortier de l’arène bien grenue, propre, dont les grains n’adhèrent pas les uns aux autres; et encore, avant de l’employer, faites jeter dessus les tas quelques seaux d’eau. Veillez aussi à ce qu’on ne corroie pas le mortier sur la terre, mais sur une aire de madriers. Vous l’avez fait ainsi, c’est bien, mais il ne faut pas procéder autrement; si vous êtes pressés, dans ce cas, une aire étant insuffisante, établissez-en deux. Faites bien attention aussi, Paul, à ce que les pierres soient toutes posées à bain de mortier.

—Oh! soyez ben tranquille, m’sieu l’architecte, je n’faisons pas autrement.

—Oui, je le sais, pour les constructions en soubassement et en pierre dure, cela va tout seul, mais en élévation vos ouvriers posent volontiers les pierres sur cales et ils les coulent en mortier clair, c’est plus vite fait. Faites-y bien attention, Paul! Toutes les pierres doivent être posées à leur place, sur cales épaisses en forme de coin, laissant un vide de six à huit centimètres; le mortier doit être étendu là-dessous sur toute la surface et avoir une épaisseur de 0m,02c environ, puis on retire les quatre cales, et la pierre s’asseyant sur le mortier, il faut le damer avec une grosse masse de bois jusqu’à ce que le joint n’ait qu’un centimètre d’épaisseur partout et que l’excès de mortier ait débordé tout autour...

Fig. 36.

—Voilà des lits maigres, père Branchu; il faut les faire retailler.

—Qu’est-ce qu’un lit maigre? dit Paul, tout bas, à son cousin.