—Sans aucun doute.
—Ce n’est pas que j’aie la moindre prétention à vous faire rien changer à ces plans, qui me semblent excellents... Mais j’ai beaucoup vu, beaucoup comparé... Eh bien, pour vous exprimer franchement ma première impression... il me semble que ceci a plutôt le caractère d’une maison de ville, d’un hôtel, que d’une maison des champs... Vous m’excuserez, n’est-ce pas?... Je ne comprends pas une maison de campagne ainsi fermée, j’y voudrais voir un portique autour, au moins une large véranda; des fenêtres plus ouvertes, l’expression mieux sentie de la vie extérieure.
—Eh, mon cher ami, dit M. de Gandelau, je compte bien que mes enfants viendront passer ici une bonne partie de l’année; il ne s’agit pas pour eux de posséder une de ces habitations dans lesquelles on demeure seulement pendant deux ou trois mois d’été et où l’on reçoit les oisifs de la ville; il leur faut une bonne maison bien close et couverte, où ils puissent résider en toute saison.
—Certainement, c’est sagement pensé; mais que vous semble de ces villas du nord de l’Italie où le climat est assez rude cependant en hiver et au printemps, qui n’en sont pas moins délicieuses avec leurs portiques, leurs terrasses, leurs larges vestibules bien ouverts, leurs loges donnant sur la campagne? Toutes ces habitations ont grand air, ennoblissent la vie, pourrait-on dire, élargissent les idées étroites, auxquelles notre époque n’est que trop portée... Puis, ne vous paraît-il pas que ce défaut de symétrie est trop accusé, au moins sur l’une des façades? Que cela ressemble un peu à des constructions faites les unes après les autres, en vue de satisfaire à des besoins successifs; qu’enfin cela manque peut-être de cette unité que l’on doit trouver en toute œuvre d’art?
—Mais ce n’est pas une œuvre d’art que je prétends laisser à ma fille; c’est une bonne maison, commode et solide.
—Soit. Vous conviendrez cependant que si l’on peut réunir les deux qualités, on ne saurait s’en plaindre. Pour une personne distinguée et charmante de tous points comme est madame votre fille, il ne messied pas d’habiter une maison qui reflète à l’extérieur ce charme et cette distinction. Il ne vous déplairait pas, quand vous irez visiter Mme Marie, de voir de loin la petite famille qui lui viendra, groupée autour d’elle sous un portique d’une délicate architecture ou sous une loggia... Ceci me semble être plutôt la maison de quelque grave échevin flamand. Il y a dans ces pignons une certaine austérité qui...
—Allons donc, mon cher ami, des pignons ne sont pas austères; ce sont des pignons, voilà tout.
—Si fait, ces pignons et leurs grands toits ont une sévérité qui ne s’accorde pas à l’idée qu’on se fait d’une maison de plaisance.
—Mais ce n’est pas une maison de plaisance; c’est une maison faite pour les gens qui la doivent habiter, non pour les badauds, d’autant que par ici nous n’en voyons point.
—N’importe, j’eusse aimé réchauffer ces dehors, un peu froids d’aspect, par des saillies ajourées, des loges, une galerie couverte avec terrasse au-dessus.