«Pendant ce temps-là, je vais vous disposer un autre croquis perspectif des bretêches ou loges de la salle de billard et de la salle à manger, à l’aide duquel vous devrez établir ces détails. Nous verrons comment vous vous en tirerez.
«Les Anglais, dans leurs habitations de campagne, emploient volontiers ces sortes de cages saillantes ajourées. Ils les appellent bow-window et les construisent souvent en encorbellement. Tenez... voici un croquis, dans ce carnet, d’un bow-window d’une maison de Lincoln qui date du seizième siècle (fig. 43). Cette loge saillante portée sur un cul-de-lampe est terminée par un petit terrasson qui forme balcon au premier étage. Remarquez, en passant, comme cette construction est bien entendue. Cette partie de l’Angleterre possède de la pierre, mais cependant les matériaux sont moins communs que n’est la brique. Le constructeur n’a employé ces matériaux chers que pour la bretêche qu’il ne pouvait guère élever en brique et pour les jambages et linteaux des fenêtres. Le reste de la bâtisse est élevé en brique.
«Mais nous donnons trop de saillie à vos bretêches pour qu’il soit possible de les porter en encorbellement.
Fig. 43.—Un window.
—Qu’est-ce que vous appelez un encorbellement?
—C’est une construction en saillie ne portant pas de fond, mais soutenue par des corbeaux, d’où lui vient le nom d’encorbellement. Le poids de la maçonnerie qui s’appuie sur la queue, ou la partie engagée des corbeaux, permet d’établir sur leur partie saillante une construction qui, étant moins lourde que celle reposant sur leur queue, est ainsi maintenue sans faire craindre une bascule. Encore faut-il calculer la longueur du bras de levier, c’est-à-dire le rapport de la saillie des corbeaux avec le poids qui maintient leur queue et celui qui repose sur leur tête. Bien entendu, plus les corbeaux sont saillants, plus le poids posé sur leur extrémité extérieure a d’action sur celui qui maintient la bascule. Si bien qu’un poids très minime posé à l’extrémité d’un corbeau très saillant pourrait faire basculer une construction lourde posée à la queue. Aussi a-t-on remplacé souvent les corbeaux par des trompes, c’est-à-dire par un système d’appareil qui reporte les poids extrêmes sur les murs.
L’architecte qui a composé le window que je viens de vous faire voir ne s’est pas préoccupé de ces combinaisons. Il a fait ce qu’on appelle un cul-de-lampe, c’est-à-dire une pyramide renversée, au moyen de trois assises en encorbellement, ou si vous voulez en saillie l’une sur l’autre, de manière à obtenir une portion d’un polygone. Sur ce plateau, il a élevé sa claire-voie qui n’a guère que 0m,24c d’épaisseur. Le cul-de-lampe étant engagé dans la construction du mur, supporte, à cause du poids de celui-ci, la claire-voie, sans basculer. On employait beaucoup ces sortes de balcons fermés pendant le moyen âge, parce qu’ils donnaient de la place dans les étages supérieurs sans empiéter sur le sol de la voie publique et parce qu’ils donnaient des vues de flancs. Si les règlements de voirie ne permettent plus d’établir ces saillies dans nos villes, rien n’empêche d’en ménager lorsque nous construisons à la campagne. Encore faut-il que ce soit motivé. Pour nous, dans le cas présent, ces constructions en encorbellement n’ont pas d’objet, et il nous en coûtera moins de faire porter nos bretêches de fond.»
Fig. 44.—Bretêche de la salle de billard.