En effet, le lendemain, Paul présenta ses dessins. Il fallut bien y faire d’assez nombreuses corrections, mais cependant le grand cousin le félicita. Paul se donnait de la peine, cherchait à bien comprendre, et s’il ne trouvait pas toujours les solutions les plus simples et les plus naturelles, au moins prouvait-il qu’il réfléchissait avant de rien mettre sur le papier.

Jean Godard appelé, les tracés lui furent présentés. Quelques explications lui furent données, après quoi le grand cousin lui demanda s’il n’avait pas quelques observations à faire. Jean Godard se grattait l’oreille et ne disait mot.

«Y a-t-il dans tout cela quelque chose que vous ne compreniez pas bien, ou qui vous paraisse défectueux? lui dit le grand cousin.

—Non point, monsieur l’architecte, mais voilà tout de même des planchers qui ne vont point suivant l’usance; ça sera difficile... nous n’avons pas l’habitude... et vous sentez... c’est pas de la charpenterie ordinaire.

—Ce qui veut dire qu’il faudra vous la payer plus cher que celle des planchers faits suivant votre méthode?

—Dame... vous sentez... il y a de la main-d’œuvre tout de même... tous ces bois-là, faut que ça soit lavé à la scie, raboté peut-être.

—Examinez bien, Jean. Il faut que les solives soient lavées à la scie sur deux faces seulement, les deux faces vues; or, toutes les solives ordinaires sont prises dans des sciages. Si nous vous demandions de fournir le bois, vous pourriez prétendre que vous ne trouveriez pas des solives disposées ainsi; mais il s’agit de prendre dans des bois qui sont à nous. Si ce sont des bois de brin, il suffira que vous laviez deux faces ainsi (fig. 52); il m’importe peu que vous laissiez équarries grossièrement et seulement purgées d’aubier les faces A. Si vous prenez vos solives dans de gros bois (fig. 53), vous n’aurez qu’à les fendre à la scie comme je le trace ici en B. Mais je préfère prendre des bois de brin parce qu’ils ne tirent pas à cœur comme le feront nécessairement ceux refendus en quatre; et je crois que nous aurons assez des premiers pour n’être point contraints d’employer ce dernier moyen. Nous n’aurons donc à vous payer que les sciages de deux faces comme pour les solives que vous employez habituellement. Quant aux poutres, elles ne seront de même lavées à la scie que sur deux faces, car, si nous les prenons dans un seul brin, nous mettrons les deux sciages en dehors (fig. 54), et la feuille de tôle étant interposée en D, par-dessous, nous rapporterons une planche moulurée C pour masquer la jonction et les flâches s’il y en a. Pour les embrèvements triangulaires à faire en E, ils sont moins difficiles à façonner que ne le sont des mortaises et, les solives portant en plein, n’ont pas de tenons. Il en est de même pour les lambourdes qui, le long des murs, reçoivent les abouts des solives et remplacent les corniches... Eh bien, qu’en dites-vous?

Fig. 52.

Fig. 53.