«Mais s’il est nécessaire de n’employer, dans les œuvres de menuiserie, que des bois sans défauts et bien secs, il ne l’est pas moins de combiner ces sortes d’ouvrages en raison de la nature des matériaux et de ne pas sortir des conditions qu’ils imposent. Les bois sont débités suivant certaines dimensions données par l’usage et la grosseur des arbres. Ainsi, par exemple, une planche n’a en largeur que de 0m,20c à 0m,25c (8 pouces anciens), parce que les arbres propres à la menuiserie n’ont guère plus que ce diamètre, aubier déduit; donc, si l’on fait des panneaux, il est sage de ne leur pas donner plus de 0m,20c à 0m,25c de largeur, afin de les prendre dans une planche. Si, pour faire un panneau, on assemble deux ou plusieurs planches, celles-ci, en séchant, se disjoindront et laisseront voir entre elles un intervalle; tandis qu’en donnant seulement à chaque panneau la largeur d’une planche, en admettant que celle-ci subisse un retrait, ce retrait se produit dans la languette et il n’y a pas disjonction. Faut-il toutefois que ces languettes soient assez larges pour qu’elles puissent subir le retrait sans sortir de la feuillure. Vous allez mieux comprendre tout à l’heure.
«Dans le dernier siècle, on a fait beaucoup de portes à grands cadres, c’est-à-dire dont les panneaux, encadrés par des moulures, ont une largeur de 0m,40c à 0m,50c; c’était la mode. Mais on n’employait alors que des bois très secs, coupés et débités depuis un grand nombre d’années, et ces panneaux, faits de deux planches assemblées ou simplement jointives, ne subissaient pas de retraits. Vous voyez des portes ainsi faites dans le salon de votre père, et il n’en est qu’une dont le panneau se soit ouvert. Aujourd’hui, pour or ou argent, on ne trouve plus de ces bois; il faut donc en prendre son parti et renoncer à ces larges panneaux. Ou, si on veut absolument en faire, faut-il les prendre dans du bois blanc, dans du grisard qui est une sorte de peuplier, parce que ce bois sèche vite, ne se fend pas, ne coffine pas, ce qui veut dire qu’il ne se courbe pas en travers du fil. Mais le grisard est un bois tendre qui se pique des vers assez facilement, surtout à la campagne. Tenons-nous-en donc au chêne et combinons nos portes de telle sorte que les panneaux n’aient que 0m,20c environ de largeur. Nous avons des portes à deux battants et des portes à un battant. Celles à deux battants ont 1m,20c de largeur; celles à un battant 0m,80c à 1m,00. Leur hauteur varie entre 2m,10c et 2m,20c; car il est fort inutile de leur donner plus, puisqu’on ne se promène pas dans les appartements avec des croix et bannières et que la taille humaine ne dépasse guère 1m,80c. Les trop hautes portes ont bien des inconvénients; elles sont sujettes à voiler, elles se ferment difficilement, et, s’il fait froid, chaque fois qu’on les ouvre, elles laissent pénétrer dans les intérieurs un cube considérable d’air humide et glacial qui refroidit d’autant les pièces habitées.
Fig. 56.
«Commençons donc par tracer une porte à deux battants. Nous ferons les bâtis et traverses de cette porte en bois de 0m,04c d’épaisseur (ancien 2 pouces). On appelle bâtis (fig. 56), les pièces d’encadrement, battements[64] ou battants, les pièces A; traverses, les pièces horizontales intermédiaires; chaque montant aura 0m,11c de largeur, les petits montants intermédiaires, 0m,05c. Chaque vantail, en déduisant 0m,015mm pour la feuillure milieu, aura donc 0m,595mm puisque la porte doit avoir en largeur 1m,20c; déduisant 0m,11c + 0m,05c + 0m,095mm pour les trois montants, total: 0m,255mm, il reste pour les deux panneaux 0m,34c, et pour chacun d’eux 0m,17c. Il faut poser la traverse de façon que son axe soit à 1m,00 au-dessus du sol; car c’est sur cette traverse que se pose la serrure, et il est nécessaire de donner à cette traverse 0m,15c de large, afin que, déduction faite des moulures, soit 0m,05c, il reste encore 0m,10c pour la place de cette serrure dont la boîte a généralement 0m,08c à 0m,10c de largeur. Ces sortes de portes sont dites: à panneaux de glaces; tous les assemblages étant faits d’équerre, sans onglets, les panneaux étant étroits, ces portes ne jouent pas et se maintiennent parfaitement.
Fig. 57.
Voici le détail de ces assemblages (fig. 57): soit A le jambage en maçonnerie de la baie; on pose un dormant B scellé à l’aide de pattes à ce jambage. C’est sur lui que sont fixées à l’aide de vis les paumelles C sur lesquelles roulent les vantaux. D est le bâti; EE les battants; F le montant intermédiaire; G les panneaux avec leurs languettes embrevées. Les chambranles H forment feuillure autour du bâti. On rapporte le long de la feuillure des battants les moulures I destinées à donner à cette feuillure plus de résistance et à présenter un arrondi qui n’écorche pas les mains ou n’éraille pas les vêtements. En K, je vous indique la traverse haute avec son tenon L entrant dans une mortaise en M qui doit traverser le battant. Au droit de l’assemblage du montant intermédiaire N, la moulure O est coupée d’équerre pour laisser passer la tête de ce montant, dont le tenon P entre dans une mortaise R. En S, vous voyez les feuillures dans lesquelles viennent s’embrever les languettes T des panneaux, lesquels sont renforcés à une certaine distance de ces languettes, comme vous le voyez en V, de telle sorte que leur épaisseur soit de 0m,022mm. Vous observerez que les chanfreins X des montants s’arrêtent au-dessous des assemblages pour laisser au bois toute sa force au droit de ceux-ci. Pour des portes de cette dimension, il nous faudra trois paumelles par vantail.
«Cet aperçu vous donne la clef de toute la menuiserie de bâtiment ordinaire et bonne. La règle est simple, ne jamais affaiblir les bois au droit des assemblages, faire toujours ceux-ci d’équerre et ne pas dépasser les dimensions données par les bois débites.
Fig. 58.