La fig. 11 donne l'élévation extérieure de la moitié de ce bastion. On remarquera les grands arcs de décharge qui accusent les embrasures et reportent tout le poids du mur extérieur sur les têtes des murs convergents. Cette élévation fait également voir les trous des évents et cheminées, les mantelets de bois des embrasures supérieures et les courtines de la ville, dont les chemins de ronde sont couverts par un appentis continu. C'est là une fort belle construction, et ce qu'on peut lui reprocher, c'est l'énorme dépense qu'elle exigerait. Il semble qu'Albert Durer ait attaché une grande importance aux fossés; il les fait très-larges et profonds, et les défend souvent par de petits bastions circulaires isolés, comme nos ravelins modernes. Il laisse ces petits ouvrages au-dessous du niveau de la crête de la contrescarpe, et ne les considère que comme des défenses propres à battre un ennemi débouchant par un boyau de tranchée au niveau dufond du fossé, et se disposant à le passer pour attacher le mineur au pied des murailles, ou pour les escalader au moyen d'échelles. Dans le chapitre de son oeuvre intitulé: Antiquæ civitatis muniendæ ratio, où il explique comment on doit renforcer par des défenses extérieures une ville dont on veut conserver l'ancienne enceinte munie de tours, il construit de ces petits bastions isolés au fond des fossés (12) [116].
Le nom de bastion, ou plutôt de bastillon, ne fut guère appliqué aux défenses avancées importantes pendant le XVIe siècle. On désigna plutôt ces ouvrages par les noms de boulevard, de plate-forme, qu'ils ne perdirent que vers les premières années du XVIIe siècle, pour reprendre définitivement la dénomination de bastion, conservée jusqu'à nos jours (voy. BOULEVARD).
[Note 109: ][ (retour) ] T. I, p. 129.
[Note 110: ][ (retour) ] On est trop disposé à croire généralement que nous ayons tout emprunté à l'Italie au commencement du XVIe siècle. Peut-être quelques capitaines italiens ayant étudié les auteurs romains avaient-ils à cette époque certaines idées sur la tactique militaire qui n'avaient pas cours en France; mais ce n'est pas dans Végèce qu'ils avaient pu apprendre l'art de fortifier les places contre l'artillerie à feu.
[Note 111: ][ (retour) ] OEuvres complètes de Bernard Palissy, chap. De la ville de Forteresse, Édition Dubochet, 1844, p. 113.
[Note 112: ][ (retour) ] Voy. le plan général de la ville de Langres, ARCHITECTURE MILITAIRE, p, 411.
[Note 113: ][ (retour) ] Della Cosmog. univers. di Seb. Munster.
[Note 114: ][ (retour) ] Angle Est de la ville de Huy, sur la Meuse. Introd. à la fortif., par de Fer. 1722, Paris.
[Note 115: ][ (retour) ] Alberti Dureri, pict. et archit. præstantissimi de urb. arcib. castellisque condendis, etc., nunc recens è lingua germanica in latinam traductæ? Parisiis, 1535.