CLÔTURES DE VILLES.--Pendant le moyen âge, la construction, l'entretien et la garde des clôtures des cités étaient habituellement à la charge des habitants; mais cependant, lorsqu'un seigneur prétendait avoir des droits féodaux sur une ville ou portion de ville, il faisait établir une clôture à ses dépens; alors tout l'espace compris dans cette clôture était sous sa juridiction: Guillaume le Breton et Rigord assurent que Philippe-Auguste acheta tous les terrains dont il avait besoin pour élever la clôture de Paris; aussi, dans les chartes de son temps, ces clôtures sont-elles appelées Muri Regis. «Outre cela, dit Sauval [268], dans un arrêt de 1261, le Parlement nomme les murailles de la porte Saint-Marceau Muri Regis. En un mot, c'est le nom que les murs de Paris prennent en 1273, 1280 et 1299, dans deux accords entre le roi et saint Merry, l'autre entre Philippe le Hardy et saint Éloi; et dans la permission donnée aux Templiers de bâtir à la porte du Chaume. Au reste, ajoute-t-il, après que Philippe-Auguste eut achevé ses murailles, il prétendit être seigneur des terres et des lieux qu'elles embrassoient, et pour cela, dans l'Université, il voulut d'abord ôter à l'abbé et aux religieux de Saint-Germain la justice des lieux et leur juridiction qu'il venoit de renfermer; il en usa de même dans la ville à l'égard de l'évêque de Paris pour la seigneurie tant du bourg vieux et nouveau de Saint-Germain que de la coulture nouvelle et vieille, c'est-à-dire des quartiers de Saint-Germain-l'Auxerrois, de Saint-Honoré et de Saint-Eustache, qu'il avoit encore compris dans ses murs... Depuis Philippe-Auguste, les murailles et les fortifications se sont toujours faites aux dépens des Parisiens. Les successeurs de ce prince les ont données au prévôt des marchands et échevins; ils leur en ont confié la garde, la visite, la conduite, et le soin de les réparer, rétablir et changer...»

Les seigneurs laïques, les évêques et les abbés, réunis souvent dans une même ville, avaient chacun des droits féodaux s'étendant sur certaines portions de la cité; ces droits étaient circonscrits dans des enceintes particulières, désignées sous les noms de «coulture de l'évêque, coulture du comte, coulture de l'abbaye». Les habitants possédant des propriétés en dehors de ces clôtures avaient aussi leur clôture, les remparts de la ville élevés et entretenus à leurs dépens. On comprend combien une pareille division devait amener de conflits. À Reims, par exemple, dans l'enceinte de la ville, il y avait la clôture du seigneur séculier qui tenait le château, la clôture de l'archevêque, celle du chapitre de la cathédrale et celle de l'abbaye de Saint-Remy. Quelquefois une rue étroite séparait deux clôtures, et on se battait de muraille à muraille, à quelques mètres de distance.

En campagne, les armées entouraient leurs campements de clôtures, conformément à la tradition romaine:

«Entour son ost fist li Rois faire

Fossés parfons jusqu'à deus paire,

Et i fist faire quatre entrées

De barbacanes bien fremées;

A cascune mist de ses gens

Pour bien garder dusqu'à deus cens [269]»

Quelquefois les clôtures en bois étaient mobiles, pouvaient être démontées par parties, et transportées avec l'armée lorsqu'elle changeait de campement.