Mès . i . chose esgart an mon cuer et destin,

Par coi de nostre guerre trarrons ançois à fin:

. i . pont ferons sor Rune par force et par angin,

Les estaches de chasnes, les planches de sapin;

. xxx . toises aura an travers de chemin.

Puis passerons outre tuit ansamble à . i . brin,

Et ferons la bataille c'on le verra dou Rin,

Et conquerrons Soissoigne sor la gent Guiteclin [188]

C'est un poëte qui parle, et nous ne citons ses vers que comme l'expression d'un fait général, admis dans les armées du moyen âge.

Les ponts de bois n'ayant jamais qu'une durée assez limitée, il ne nous reste aucun ouvrage de ce genre qui soit antérieur au XVIe siècle, et nous ne pouvons en prendre une idée que par des vignettes de manuscrits ou des gravures des XVIe et XVIIe siècles. Si l'on veut établir des ponts de bois, ou il faut rapprocher beaucoup les piles, afin de ne donner aux portées des travées du tablier qu'une longueur très-réduite, et éviter ainsi leur fléchissement; ou il faut armer ces tabliers de contre-fiches assez inclinées pour résister à la flexion, et alors élever beaucoup les têtes des piles au-dessus du niveau de l'eau; ou il faut suspendre les tabliers à un système de fermes. Ce dernier parti semble avoir été adopté fréquemment pendant le moyen âge.