Celle-ci, dès le XVe siècle, s'écarte des formes qui lui appartiennent en propre, pour aller reproduire en miniature des ordres, des entablements, des pilastres, des membres d'architecture antique qui sont du ressort de la maçonnerie. C'est ainsi que l'on pensait faire un retour vers l'antiquité; tandis que chez les Grecs, aussi bien que chez les Romains, les objets de métal affectent les formes convenables à la matière.

À notre tour, quand nous prétendions faire un retour vers l'antiquité en nous appuyant sur les interprétations fausses dues aux artistes italiens pendant la renaissance, nous ne faisions que perpétuer ces erreurs, dont à peine aujourd'hui on cherche à revenir.

De l'autre côté du Rhin, on fabriqua de merveilleux ouvrages de serrurerie pendant les XVe et XVIe siècles. Les grilles du tombeau de Maximilien à Innsbruck, celles des cathédrales de Constance, de Munich, d'Augsbourg, qui datent du XVIe siècle, sont de véritables chefs-d'oeuvre, et mériteraient de figurer dans une publication spéciale. Il faut reconnaître toutefois qu'il y a dans ces ouvrages de ferronnerie une certaine exagération de formes, des recherches dont on s'est abstenu en France pendant le moyen âge et même pendant la renaissance. La serrurerie fine des châteaux de Gaillon, d'Écouen, dont on conserve quelques fragments; la porte de fer forgé et repoussé de la galerie d'Apollon au Louvre, sont des ouvrages de la plus grande valeur, et qui nous font assez voir que l'industrie moderne, sous ce rapport, malgré l'étendue de ses moyens, n'atteint qu'exceptionnellement à cette perfection.

[Note 155: ][ (retour) ] Le pallâtre (pallastre, palâtre) est la plaque de fer battu ou de tôle sur laquelle sont piquées, c'est-à-dire montées et rivées les pièces du mécanisme de la serrure. Pallâtre est aujourd'hui féminin, mais Jousse le fait masculin. Palliastrum, qui peut être l'étymologie de pallastre, et qui signifie manteau grossier, est neutre; nous conserverons le genre masculin à ce mot.

[Note 156: ][ (retour) ] On dit aujourd'hui pêne, mais le mot pesle qu'emploie Jousse nous semble devoir être maintenu dans cet article sur l'ancienne serrurerie. Pesle, en effet, vient de pessulus (pièce de bois pour barrer une porte), et, conformément à la méthode de contraction de la langue française, devait s'écrire pesle, et non pelle, comme l'écrit Jousse; mais pessulus n'a pu faire pêne.

[Note 157: ][ (retour) ] De la porte de la sacristie de l'église de Montréal (Yonne), commencement du XIIIe siècle.

[Note 158: ][ (retour) ] Cette grille et sa serrure ont été replacées au XVIe siècle, mais appartiennent à la fabrication du milieu du XVe siècle.

[Note 159: ][ (retour) ] Les vis sont certainement une invention excellente pour fixer la serrurerie fine sur de la menuiserie, et l'emploi des vis dans la quincaillerie ne date que de la fin du XVe siècle. Mais, grâce au soin que l'on prend aujourd'hui de cacher toutes les attaches des ferrures, les ouvriers enfoncent les vis à coups de marteau dans des trous faits au poinçon. Mieux vaudraient des clous. C'est ainsi qu'un perfectionnement devient une cause de malfaçon, quand on n'accuse pas franchement son emploi.

[Note 160: ][ (retour) ] D'une porte d'une maison à Saint-Antonin, XIVe siècle.

[Note 161: ][ (retour) ] Cette serrure est un modèle que l'on retrouve très-fréquemment dans les bâtiments du XVe siècle, des bords du Rhin, de la Suisse et de la Bavière. L'entrée provient d'une porte de la cathédrale de Prague (partie bâtie par l'architecte français Mathieu d'Arras, XIVe siècle). Une entrée semblable se voit à un tabernacle de la cathédrale d'Augsbourg; une autre, à peu près pareille, à un vantail de l'église Saint-Pierre de Strasbourg.