Sur la façade de l'hôtel de la chambre des comptes bâti par Louis XII, en face de la sainte Chapelle du Palais à Paris, on voyait quatre statues des Vertus, qui étaient: la Tempérance, tenant une horloge et des lunettes; la Prudence, tenant un miroir et un crible; la Justice, ayant pour attributs une balance et une épée; le Courage, qui embrassait une tour et étouffait un serpent [323]. Le combat des Vertus et des Vices était le sujet de beaucoup de peintures et de tapisseries qui décoraient les salles des châteaux. Les romans, les inventaires, font souvent mention de ces sortes de tentures désignées sous le nom de moralités.

[Note 315: ][ (retour) ] Genèse, chap. iii, trad. de Cahen.

[Note 316: ][ (retour) ] Genèse, chap. iv.

[Note 317: ][ (retour) ] Voici quelles sont les Vertus représentées sur ces ébrasements, avec les actes vicieux en opposition.--À la droite du Christ: 1° La Foi. Au-dessous, l'adoration d'une idole.--2° L'Espérance, femme drapée portant un étendard sur son écu. Au-dessous, un homme se transperce avec son épée.--3° La Charité, tenant une brebis sur son giron (figure mutilée). Au-dessous, l'Avarice, tenant une bourse et enfermant des sacs dans un coffre.--4° La Justice: une salamandre couvre son écu (symbole du juste éprouvé par l'adversité). Au-dessous, l'Injustice (figure détruite).--5° La Prudence: son écu porte un serpent enroulé autour d'un bâton. Au-dessous, un homme errant, les vêtements déchirés, tenant une torche de la main droite et de la gauche un cornet: c'est la Folie.--6° L'Humilité: sur l'écu, un aigle au vol abaissé. Au-dessous, l'Orgueil, représenté par un homme emporté par un cheval fougueux qui le jette â la renverse.

À la gauche du Christ: 1° La Force.--2° La Patience: un boeuf couvre son écu. Au-dessous, la Colère: une femme, les cheveux épars, chasse un religieux avec un bâton.--3° La Mansuétude: un agneau est sculpté sur son écu. Au-dessous, la Dureté: femme couronnée assise sur un trône, pousse du pied un suppliant agenouillé devant elle.--4° La Concorde: sa main droite déroule une banderole sur laquelle elle jette les yeux; sa gauche tient un cartouche sur lequel sont gravés un lis et une branche d'olivier. Au-dessous, deux hommes se battent.--5° L'Obéissance: un chameau agenouillé se voit sur son écu. Au-dessous, un homme fait un geste de mépris devant un évêque qui l'exhorte.--6° La Persévérance, une couronne suspendue sur l'écu. Au-dessous, un religieux quitte son monastère. (Voyez la Descript. de Notre-Dame de Paris, par MM. de Guilhermy et Viollet-le-Duc, 1856.)

[Note 318: ][ (retour) ] C'est ainsi qu'un trouvère du XIIIe siècle décrit la Largesse et l'Avarice:

«Les .il. choses vi vis à vis:

L'une fu grande et bien taillie,

D'un blanc samit appareillie;

Cote en ot, sorcot et mantel

Afubli .i. poi en chantel;

La face ot doucement formée,

Qui fu si à point colorée

Com nature le pot miex fère.

Bouche et vermeille, et par miex plère

Ot vairs iex, rians et fenduz,

Les braz bien fez et estenduz,

Blanches mains, longues et ouvertes.

Aux templières que vi aperte.

Apparut qu'ele et teste blonde,

Je croi, plus que nule du monde.

Corone et bele ou chief assise

Qui li sist bien à grant devise.

Son non enquis en tele manière:

--Je vous pri, douce dans chière,

Que me le diez de vous le non.

-- Sire, fist-ele, mon renon

Fu jadis chièri et amè;

Mon non est LARGUECE clamé.--

De l'autre errez je la manière:

Ele et forme et grande plenière;

Noire estoit et descolorée,

Fade en tout, et fu afublée

D'une robe de vert esreuse;

A véir fu pou deliteuse:

«D'une vielle pane l'orrée

De menu vair entrepelée.

Tenues levres et bouche unquaise

Ot; je ne sai s'el fu pusnaise;

Ou nez ot estroites narrines

Qu'ele ot gresle et lone et verrines;

Les vaines parmi son visuge

Qu'elle ot traités à grant outrage,

Le col ot lonc, nervu et gresle,

Noirs cheveus dont l'un l'autre mesle;

Si ot granz mains et longue brache

Dont el tient fort cels qn'ele embrache.

Corone ot d'or trop merveilleuse,

Mainte pierre i ot précieuse;

Ele ot noirs iex, fens et poingnanz.

A regarder mult resoingnanz.

Quant je l'oi grant pose esgarder

Et sa contenance avisée,

Je enquis ma dame Larguece

Qui estoit cele déablesse

El me dist estoit AVARICE,

Qui perist chascun par son visce.»

(Additions aux poésies de Rutebeuf, édition des OEuvres de Rutebeuf, par A. Jubinal, 1839.)

[Note 319: ][ (retour) ] «Virtutes vero in mulieris specie depinguntur, quia mulcent et nutriunt.» (Rationale divin. offic., lib. I, cap. III.)

[Note 320: ][ (retour) ] Voussure de gauche du porche nord.

[Note 321: ][ (retour) ] Voyez l'intéressant article de Didron sur les Vertus de Notre-Dame de Chartre. (Annales archéologiques, t. VI, p. 35).

[Note 322: ][ (retour) ] La santé est un don et non une vertu; mais il est évident que le mot sanitas s'entend ici au moral. C'est de la santé de l'esprit qu'il s'agit, non de la santé physique.

[Note 323: ][ (retour) ] Dubreul, Antiquités de Paris, liv. I.