—Certes, répondit Salvador, et si je n'avais pas la crainte de vous rencontrer tous sur mon chemin, je tâcherais de conquérir ses bonnes grâces.
—Si ce n'est que la crainte d'avoir l'un de nous pour rival, vous pouvez, sans crainte, tenter l'aventure; mais je crois que vous ne réussirez pas.
—Vous m'étonnez; cette femme est-elle donc douée d'une vertu à toute épreuve?
—Vous êtes quelque peu présomptueux, monsieur le marquis; n'accordez-vous qu'aux Lucrèces le pouvoir de vous résister?
—Oh! vous ne m'avez pas compris, mais répondez-moi sérieusement, je vous en prie, cette femme est-elle si vertueuse que ce soit faire une folie que d'essayer de s'en faire aimer?
—Avez-vous lu, monsieur le marquis, un excellent roman du plus fécond de nos romanciers: la Peau de chagrin?
—Sans doute.
—Vous vous rappelez alors une certaine comtesse Fœdora?
—Quel rapport...?
—Eh bien! si cette femme était un peu plus âgée, nous croirions tous qu'elle servait de modèle à M. de Balzac lorsqu'il traçait le portrait de la comtesse Fœdora.