L'explication fut chaude, l'amant nia: en pareil cas c'est le devoir d'un galant homme, le mari affirma; enfin il fut convenu qu'ils se rencontreraient les armes à la main.

Lorsque les amis du mari se présentèrent chez l'amant pour régler les conditions du combat, ce dernier prétendit qu'ayant été provoqué sans sujet, il devait avoir le choix des armes; il n'y avait pas moyen pour le mari de décliner sa position, il ne pouvait sans se couvrir de ridicule, invoquer le témoignage de sa femme qui l'avait si bien... il fut donc forcé de subir la loi de son adversaire qui choisit l'épée, arme dont il se servait à merveille.

Ah! daignez m'épargner le reste.

La bonne cause succomba (historique).

Voici maintenant l'histoire du second mari.

Celui-ci est un duc de la vieille roche, qui a conservé des habitudes quelque peu régence, et qui aime surtout à se moquer des époux malheureux.

Ce noble duc aime beaucoup sa femme, il en est jaloux, très-jaloux même; ce qui ne l'empêche d'avoir pour maîtresse la sœur d'une célèbre tragédienne à laquelle un malencontreux coup de sonnette fit perdre les bonnes grâces du plus grand capitaine de l'époque.

Quelques petits faits qui ne pouvaient du reste avoir de l'importance qu'aux yeux d'un jaloux ayant éveillé l'attention du duc, il lui prit la fantaisie de s'assurer si ses soupçons étaient ou non fondés; il chargea donc un de ses anciens domestiques de suivre sa femme et de lui rendre compte de toutes ses démarches. Ce domestique, bavard et indiscret comme le sont presque tous les gens de cette classe, confia l'objet de sa mission à sa femme, celle-ci à une modiste qui en parla à la femme de chambre de la duchesse qui prévint sa maîtresse; ainsi prévenue, la duchesse se tint sur ses gardes et ne se rencontra plus avec son amant (car elle a un amant) qu'après avoir pris toutes les précautions possibles afin de n'être pas surprise. Le mari croyait s'être trompé, mais quelques paroles indiscrètes étant venu donner à sa jalousie un nouvel aliment, la surveillance redoubla; mais le surveillant malgré tout son zèle et toute sa perspicacité fut trompé d'une manière très-adroite, et voici comment:

La femme de chambre qui était à peu près de la même taille que sa maîtresse, se rendait les jours de rendez-vous chez une baronne amie de la duchesse: arrivée là, elle prenait un costume absolument semblable à celui que portait sa maîtresse (il est bien entendu que cette dernière avait dit à son mari, quelles étaient les visites qu'elle comptait faire), et lorsque celle-ci était arrivée, elle faisait sortir son Sosie, qui la figure couverte d'un voile épais et à mouches larges, montait dans la voiture, et le cocher dont l'itinéraire était tracé à l'avance, continuait sa course et s'arrêtait à toutes les maisons indiquées. La femme de chambre qui jouait à merveille le rôle de duchesse, remettait au chasseur les cartes de visite pour qu'il les déposât chez les concierges et pendant que tout ceci se passait, la notable dame sortait de chez sa complaisante amie et se rendait dans une petite maison où l'attendait l'heureux possesseur de ses charmes.

Le mari, qui de son côté redoutait la surveillance de sa femme, qui pour lui donner le change avait quelquefois témoigné des velléités de jalousie, profitait du temps qu'elle employait à faire ses visites, temps que du reste il ne songeait pas à trouver trop long pour aller rendre visite à sa maîtresse.