I.—Baden-Baden.

Cependant au bout de quelque temps le duc n'ayant rien appris de nouveau, se tranquillisa, et il en était arrivé à dormir sur ses deux oreilles, lorsque sa maîtresse, que ses petites contrariétés conjugales ne lui avaient pas fait oublier, manifesta le désir de voir Baden-Baden. Le duc qui désirait l'accompagner se plaignit de violentes douleurs de nerfs, et se fit ordonner les eaux par son médecin. L'épouse qui savait par son amant tout ce qui se passait; voulut par sa conduite justifier la bonne opinion que son mari avait d'elle, elle lui dit qu'elle ne souffrirait pas que, pendant les trois mois qu'il devait passer dans une ville étrangère, le soin de veiller à sa précieuse santé fût confié à des mains étrangères; elle voulait, disait-elle, être sa garde-malade; pouvait-il en trouver une plus dévouée? Le mari fut forcé d'accepter cette preuve de dévouement.

Les avoir à la fois auprès de lui dans un lieu comme Baden-Baden, où personne n'ayant rien à faire, aime assez à s'occuper des affaires de tout le monde, c'était bien la chose impossible; cependant l'excellent mari trouva un moyen de tout concilier: il alla prier son ami intime de venir avec lui à Baden-Baden; et comme celui-ci, pour mieux jouer son rôle, refusait, il lui dit que ce serait lui rendre un véritable service, qu'il fallait dans les relations ordinaires de la vie faire quelque chose pour ses amis, si à son tour on voulait les trouver dans l'occasion; enfin il parla tant et si bien que le beau jeune homme voulut bien se sacrifier.

Ils partirent tous à peu de jours de distance. L'amant de la duchesse accompagnait la maîtresse du duc. Je ne puis vous dire ce qui se passa entre ces deux derniers durant le voyage. Je vous ferai seulement remarquer que le jeune homme, qui apprenait à sa maîtresse tout ce que faisait son mari, ne lui avait jamais parlé de l'artiste dramatique en question, ce qui peut laisser supposer que le noble duc était à la fois trahi par l'amitié, l'hymen et les amours.

L'arrivée à Baden-Baden de ces quatre individus vient d'exciter l'étonnement général; car les deux tiers au moins des lions et des lionnes qui sont venus ici de Paris, savent tout ce que je viens de vous raconter. Le noble duc cependant n'a pas cessé de dormir sur ses deux oreilles; on dirait que la Providence se plaît à tenir un voile épais devant les yeux des maris qui sont presque tous sourds et aveugles.

—Et la conclusion de ceci? dit Roman, lorsque le poëte chevelu eut terminé le récit qui précède.

—La conclusion, la voici: c'est qu'à Baden-Baden, aussi bien qu'à Paris, on rencontre souvent des niais, des sots et des fripons;

Des observateurs par goût et par état;