—Les proverbes auront toujours raison.
—Eh! tu me fais mourir avec tes proverbes. Voyons, où veux-tu en venir?
—A te prouver que tu es aussi fou que moi, si ce n'est plus.
—Je t'écoute.
—Le marquis de Pourrières en mourant nous a laissé environ soixante mille francs de rente, n'est-ce pas? C'était un fort joli denier, et nous pouvions mener tous deux une existence fort agréable en dépensant chacun trente mille francs chaque année.
—Mais j'ai joué, et j'ai fait à cette fortune une brèche...
—Trop considérable, morbleu! deux cent cinquante mille francs en deux ans.
—J'ai eu tort; je le sais, mais puisque mon compte est établi, examinons un peu le tien.
—Les réparations et l'ameublement du vieux manoir de Pourrières ont coûté, si je ne me trompe, quarante mille francs; l'organisation et la musique de la garde nationale, dix mille francs. Je ne parle que pour mémoire de ces deux articles. Il fallait bien réparer et meubler convenablement notre demeure, et je ne suis pas fâché de voir briller ce chiffon rouge à ta boutonnière. Les fêtes, feux d'artifices et tout ce qui s'en suit, vingt-cinq mille francs; ta maison, tes chevaux et tes équipages, cinquante mille écus; la maison des Champs-Elysées, les chevaux, les équipages, les habits prune de Monsieur galonnés d'or, les vestes et les culottes de panne rouge de la livrée de madame la marquise de Roselly, au moins autant; tout cela fait à peu près trois cent soixante-cinq mille francs. Suis-je exact?