Silvia ayant témoigné qu'elle ne serait pas fâchée d'examiner attentivement ces objets qu'elle n'avait fait qu'entrevoir, monsieur Juste qui avait expédié la dernière bouchée de son modeste déjeuner se leva et précéda Silvia dans les pièces où étaient rassemblés tous ses bric-à-brac.
—Voilà, dit-il, de magnifiques toiles dues aux pinceaux des plus célèbres maîtres des écoles française, italienne, hollandaise et espagnole; les meilleurs ouvrages des littérateurs les plus distingués de l'époque: la Vierge de Meudon, de monsieur Groult de Tourlaville, la Ckristeide, une Blonde, le Mousse de madame Augusta Kernock, le Code des honnêtes gens et une multitude d'autres codes, et plusieurs autres chefs-d'œuvre: des Elzévirs, des Etienne, des Aldes et des Manuces. Dans ce bocal est renfermé l'aspic de la reine Cléopâtre; voilà du vin de Champagne de Moët et compagnie d'Epernay; la boîte à mouches de madame de Pompadour, le stylet dont se servit Dibutade lorsqu'elle traça sur la muraille le profil de son amant, la palette d'Appelles, un des ciseaux de Phidias, un autographe de Molière, le ruban avec lequel Androclès conduisait son lion dans les rues de Rome.
Monsieur Juste, pour faire l'énumération de toutes ces richesses, avait pris le ton d'un charlatan qui vante aux badauds rassemblés autour de lui les propriétés merveilleuses de son baume.
—Avez-vous parmi toutes vos curiosités, l'anneau de Gygès et le sceau du grand Salomon, dit Silvia en souriant.
—Est-ce que vous avez envie d'acheter ces deux objets? répondit M. Juste en fixant sur Silvia ses petits yeux vert de mer.
—S'ils étaient à vendre... l'anneau de Gygès surtout, me conviendrait infiniment; on a souvent besoin d'aller dans des lieux dans lesquels on ne voudrait pas être vue.
—Chez l'usurier Juste, par exemple.
—Vous l'avez dit, maître, répondit Silvia.
—Et peut-on connaître, madame, le motif qui vous amène dans ce lieu où vous ne voudriez pas être rencontrée?
—Vous êtes discret, M. Juste?