—Je vous crois. Mais dites-moi? cher M. Juste, je rencontre en effet assez souvent ce général dans le monde, et je serais bien aise de savoir tout ce qui le regarde: ne pouvez vous rien m'apprendre?

—Vous êtes mademoiselle Coralie! s'écria Juste.

Silvia se mit à rire aux éclats.

—Vous n'allez donc jamais à l'Opéra? dit-elle.

—Jamais; c'est un plaisir qui coûte trop cher.

—Alors je m'explique votre erreur, mais parlons du général.

—Oh! je ne sais si je dois: un client...

—M. Juste, il faut me témoigner de la confiance, si vous voulez qu'à l'avenir je ne m'adresse pas à votre confrère Josué. J'ai vraiment besoin de savoir tout ce qui concerne ce général, et par la nature de vos relations avec lui, vous devez connaître ses affaires aussi bien que lui-même. Parlez, je vous écoute.

—Il faut donc faire tout ce que vous voulez, on ne peut pas appliquer aux fils des grands hommes de l'époque impériale le proverbe si connu, tel père, tel fils. En effet, à part quelques rares exceptions, les fils des favoris du grand empereur ramassent la boue des ruisseaux pour en tacher leur nouvel écusson.

Le général qui vient de sortir d'ici est le fils unique d'un des plus braves généraux de l'empire, rejeton dégénéré d'une noble souche, mon client n'a rien hérité de son père si ce n'est de sa belle prestance, et de sa physionomie mâle et expressive. Au reste, je ne vous apprends rien que vous ne sachiez déjà, puisque, ainsi que vous venez de me le dire, vous l'avez rencontré plusieurs fois dans le monde.