—Six pour cent...
—Très-bien, s'écria Rigobert, charmé de rencontrer un aussi honnête marchand d'argent, je suis sauvé! six pour cent par an, c'est très-bien.
—Mais je n'ai pas dit cela, répondit Juste, je veux bien vous prêter dix mille francs sur nantissement, mais à raison de six pour cent par mois, c'est ce que me rapportent ordinairement mes capitaux.
—Au diable! se dit Rigobert; j'avais à ce qu'il paraît tort de croire que ce vieux podagre se rappellerait les services que j'ai pu lui rendre.—Et comme il restait sans parler:
—Une fois, deux fois, cela vous va-t-il? dit Juste.
—Vous êtes dur, père Juste, répondit-il; mais il faut bien faire tout ce que veut celui qui tient les cordons de la bourse.
—Allons, allons, mon cher élève, vous en serez quitte pour tenir à vos lézards la dragée un peu plus haute.
—Il le faudra bien ainsi. C'est convenu: vous viendrez demain chez moi.
Quelque dures que fussent les conditions qui lui étaient imposées, Rigobert, qui avait un très-pressant besoin d'argent, se trouva trop heureux de les accepter; car, en réalité, cet argent qui devait lui coûter soixante-douze pour cent, allait lui rendre un très-grand service. C'est que les ressources du métier qu'il faisait sont incalculables, et que Dieu seul et l'usurier qui la prête, peuvent savoir ce qu'une pièce de cinq francs prêtée sur gage à un lézard, est susceptible de rapporter. Hâtons-nous de dire, afin que nos lecteurs ne nous accusent de n'être pas d'accord avec nous-même, que si M. Rigobert se trouvait momentanément gêné, les causes de cette gêne lui étaient toutes personnelles, et qu'il n'en accusait pas son commerce qui jamais au contraire n'avait été plus prospère.
Juste, après lui avoir de nouveau promis d'aller le lendemain lui rendre visite, reconduisit Rigobert jusqu'à la porte de sa maison qu'il ne fit qu'entre-bâiller pour le laisser sortir, ainsi qu'il en avait l'habitude.