—C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire. Je suis, je le répète, extrêmement fâché, monsieur le marquis, de ne pouvoir, pour aujourd'hui du moins, accepter votre aimable invitation; je vais donc me retirer...
—Attendez je vous en prie quelques instants encore, dit Salvador, nous avons quelque chose à vous remettre.
—Ah! c'est vrai! d'honneur je n'y pensais plus.
—Voyons, ajouta Roman, qu'exigez-vous?
—Oh! je suis raisonnable, remettez-moi seulement le huitième de ce que vous a rapporté cette affaire; je m'en rapporte du reste à votre loyauté.
Salvador fit un signe à Roman, qui sortit de l'appartement, il rentra quelques minutes après, tenant à la main vingt-cinq billets de banque de mille francs chaque, qu'il remit au vicomte de Lussan.
Celui-ci les serra dans son portefeuille après les avoir comptés.
—Ceci vient à point pour réparer les brèches faites par la bouillotte à ma caisse, et je suis vraiment charmé d'avoir fait votre connaissance, mais puisque vous vous êtes exécuté d'aussi bonne grâce, je veux vous faire regagner et au delà le petit emprunt forcé que je viens de vous faire.
Le vicomte de Lussan raconta alors à ceux qu'il considérait déjà comme des nouveaux amis, tout ce que le lecteur lui a entendu raconter à Juste, relativement au vol qu'il voulait faire commettre chez le joaillier Loiseau, puis il leur parla de la mère Sans-Refus, des hommes qui se réunissaient chez elle, de la possibilité de les utiliser, puis enfin de l'usurier Juste, Roman lui ayant demandé s'il n'était pas possible de tirer pied on aile de ce vieil arabe.
—On pourrait sans doute, répondit le vicomte, arracher quelques bonnes plumes à ce vieil oiseau de proie, mais je crois que ce serait impolitique, il serait en effet difficile de retrouver un homme toujours prêt comme lui à acheter de suite et à payer comptant tout ce qu'on lui présenterait; si vous voulez me croire nous conserverons le père Juste, qui, si mes prévisions se réalisent, nous sera très-utile.