—Monsieur, dit-il au commissaire de police, ce garçon est un fou ou un calomniateur. Je ne suis à Paris que depuis quinze jours: je suis logé au marché Lenoir, avec ma mère, et il vous sera facile de vous convaincre de la vérité de ce que j'avance en la faisant interroger.

La fermeté des réponses de Beppo avait convaincu le commissaire de police que ce n'était que par suite d'un malentendu qu'il avait été amené devant lui; il se borna donc à lui ordonner de payer ce qu'il devait à Graziano, et il lui permit de se retirer.

Beppo remit deux pièces de cinq francs au restaurateur, et lui dit de distribuer à ses garçons, ce qui resterait, une fois sa carte payée; afin de les récompenser de la peine qu'ils s'étaient donnée en courant après lui.

Ces deux pièces de cinq francs avaient mis de très-bonne humeur Graziano et ses garçons, qui firent à Beppo toutes les excuses imaginables, lorsqu'ils quittèrent tous ensemble le bureau du commissaire de police. Il vint alors à Beppo l'idée que le restaurateur pourrait peut-être lui donner quelques renseignements de nature à l'aider dans ses recherches; il lui dépeignit minutieusement la femme et l'équipage après lesquels il courait lorsqu'il avait été arrêté, et lui demanda s'il connaissait l'un ou l'autre.

—La voiture que vous venez de me dépeindre si exactement, répondit Graziano, passe assez souvent devant ma porte pour se rendre au bois; mais ce n'est que très-rarement que la dame dont vous parlez est seule; son mari est presque toujours avec elle. C'est un beau garçon décoré...

—Eh! comment savez-vous que cet homme est son mari? s'écria Beppo, qui ne pouvait pas se faire à l'idée de savoir Silvia mariée.

—Je le présume, répondit Graziano, à moins que ce ne soit son amant où son frère, ou un ami; mais tout ce que je puis vous dire, c'est que je ne crois pas que la dame que vous venez de dépeindre soit celle qui vous a trompée; elle a de trop beaux équipages, une livrée trop riche pour n'être pas honnête.

—Non, non, je ne me suis pas trompé, c'est bien elle, j'en suis certain, et comme vous me dites qu'elle passe assez souvent devant votre maison, à dater de ce jour, je deviens votre pensionnaire, et pour éviter les soupçons, je déposerai chaque matin entre vos mains une somme assez forte pour vous répondre de la dépense que je ferai chez vous pendant la journée, car je veux avoir la liberté d'entrer et de sortir quand il me conviendra; cela vous va-t-il?

—Jamais marchand n'a refusé de vendre, répondit Graziano, mais je crois que vous perdrez votre temps et votre jeunesse; du reste cela vous regarde.

Beppo s'installa le même jour chez Graziano, où il resta jusqu'à huit heures du soir.