—Ecoute, lui dit Roman qui s'était chargé de la négociation; tu as deviné sans doute que nous avions Rupin, Richard et moi, le plus grand intérêt à ce que le secret découvert par Coco-Desbraises et Délicat, secret qu'ils ont déjà fait connaître à Rolet le Mauvais gueux, ne soit plus connu de personne?

—Pardine!

—Et crois-tu qu'il y ait plusieurs moyens de forcer ces hommes à se taire?

—Je n'en connais qu'un; et si vous voulez l'employer, vous pouvez compter sur moi, dit Vernier les Bas bleus, en adressant à Roman un regard significatif. Je n'ai pas oublié qu'ils ont voulu me buter[452].

—Voyons, dit le vicomte de Lussan, ils sont ici quatorze: si le combat s'engage, quels sont ceux qui seront contre nous, et quels sont ceux qui resteront neutres?

—Vous aurez contre vous, outre les trois en question, le grand Louis et Charles la belle Cravate, et peut-être un ou deux autres; Robert, Cadet-Vincent et les autres ne se mêleront de rien.

—Eh! mais la partie est beaucoup plus belle que je ne le pensais, reprit le vicomte de Lussan; il ne s'agit plus que de l'engager.

—Ça ne sera pas difficile, reprit Vernier les Bas bleus, si vous voulez me laisser faire.

—Tu as carte blanche, mon cher, lui répondit Roman, qui dit à ses deux amis, lorsque Vernier les eut quittés pour aller se placer près de Délicat et de ses deux acolytes: cet homme pourrait bien, pendant les trois jours qu'il vient de passer avec ces individus, avoir appris beaucoup trop de choses. Lorsqu'il nous aura aidé à nous débarrasser de ceux-ci, nous lui réglerons son compte.

—Encore! dit Salvador.