Restée seule avec Beppo, elle alluma une chandelle; car bien qu'il fût à peine quatre heures, la chambre était déjà obscure; puis elle s'assit à la tête du lit, et attendit patiemment que le malade s'éveillât.
Elle n'attendit pas longtemps, le sommeil de Beppo était trop agité pour pouvoir durer longtemps.
Il promena des yeux étonnés sur tous les objets dont il était entouré, et, remarquant la femme inconnue assise près de son lit:
—Où suis-je? lui dit-il, et que m'est-il donc arrivé?
—L'avez-vous déjà oublié? lui dit la fille; ne vous rappelez-vous plus qu'hier vous avez assassiné une femme, que vous vous êtes jeté à la rivière pour échapper à ceux qui vous poursuivaient, et que des hommes vous ont fait entrer dans cette maison au moment où vous alliez être pris.
—En effet, je me souviens, dit Beppo après être resté quelques minutes le visage caché dans ses deux mains.—Je me souviens, continua-t-il d'une voix sombre, j'ai commis un second crime; mais que s'est-il donc passé depuis hier?
—Voilà ce qui est arrivé, voilà du moins ce que m'a dit madame, car je n'étais pas ici au moment où vous y êtes entré; vous étiez en bas dans l'arrière-boutique depuis moins de cinq minutes, et vous n'aviez pas encore prononcé une parole, lorsque vous vous êtes évanoui; on vous a porté dans cette chambre et lorsque je suis rentrée, on m'a prié d'avoir soin de vous; c'est ce que j'ai fait, et de bon cœur, allez.
Beppo regardait d'un air profondément étonné cette fille, qui lui parlait de ce qui était arrivé la veille, comme de la chose la plus naturelle.
—Mais puisque vous n'ignorez pas le crime que j'ai commis, lui dit-il, comment se fait-il donc que je ne vous inspire pas de l'horreur?
—Est-ce que vous ne savez ni ce que je suis, ni dans quel lieu vous êtes? répondit-elle.