—Mais vous, s'écria Beppo, vous si bonne, vous qui m'avez soigné avec une si touchante sollicitude?
—Quelles femmes trouve-t-on avec les voleurs et les assassins? de ces misérables créatures qui n'ont plus rien de leur sexe que le nom.
—Sauvé par des voleurs et des assassins qui m'ont pris pour un des leurs! murmura Beppo. L'expiation commence.
—Et soigné par une prostituée qui croyait qu'elle rendait service à un des hommes avec lesquels elle vit habituellement, dit la fille en regardant fixement Beppo. Pourquoi ne dites-vous pas votre pensée tout entière?
Il y avait des larmes dans la voix de la fille, lorsqu'elle prononça ces mots, Beppo, sans savoir positivement pourquoi, se sentit profondément ému; il prit la main de sa garde et il la serra affectueusement dans les siennes.
—Je suis persuadé, lui dit-il, que vous n'êtes pas ici à votre place.
—Merci de cette bonne pensée, lui répondit-elle; mais puisque vous savez maintenant en quel lieu et avec quels gens vous êtes, vous devez comprendre que vous ne sauriez trop tôt partir. Avez-vous assez de forces pour vous lever et aller prendre sur le quai, dont vous êtes à deux pas, une voiture qui vous conduira chez un de vos amis, si vous craignez de rentrer chez vous?
—Je suis faible, répondit Beppo; mais le courage remplacera les forces qui me manquent. Je vais rentrer chez moi, car je ne veux rien faire ni pour me perdre ni pour me sauver: les crimes que j'ai commis doivent être punis, soit dans ce monde, soit dans l'autre; je dois donc laisser à la volonté de Dieu, le soin de décider de ma destinée.
La fille s'étant retirée à l'extrémité de la chambre, Beppo se leva et s'habilla avec plus de facilité qu'il n'était permis de le supposer après la crise terrible qu'il venait de traverser. Il retrouva dans une des poches de son caban le sac qui contenait la somme assez ronde qu'il avait reçue la veille de Kretz; il le prit et le posa sur la cheminée.
—Ceux qui m'ont sauvé, dit-il, n'ont pas voulu me faire payer le service qu'ils m'ont rendu.