—Mais, qu'avez-vous donc, docteur? dit Laure, à laquelle n'avait pas échappé l'expression du regard qu'il avait jeté sur la comtesse; on dirait vraiment que vous avez une fâcheuse nouvelle à nous apprendre?
—Voyons, M. le docteur, ajouta Lucie, qu'est-ce que ce marquis de Pourrières? je vous avoue que je suis curieuse de savoir comment un si noble personnage se trouvait dans un lieu semblable à celui dans lequel je l'ai rencontré.
La comtesse, sans peut-être se rendre compte à elle-même du sentiment auquel elle obéissait, affectait l'air de la plus profonde indifférence pour faire une question dont elle attendait la réponse avec la plus vive impatience; Mathéo ne fut pas la dupe de cette petite ruse féminine.
—La maison de Pourrières, répondit Mathéo, est ainsi que je vous l'ai déjà dit, une des plus anciennes et des plus considérées de la Provence, celui qui vous a écrit est, à ce qu'on assure, le dernier rejeton de cette ancienne maison; du reste, sa position dans le monde paraît assurée; il est, vous le savez, auditeur au conseil d'Etat et le chevalier de la Légion d'honneur.
Ce que disait le docteur causait à la comtesse et à son amie un plaisir évident, et dont l'expression se laissait lire sur leurs charmants visages.
Lucie était satisfaite de ce que l'homme auquel elle s'intéressait sans trop savoir pourquoi, était, par sa naissance et par sa position, du même monde que celui auquel elle appartenait; elle ne désirait peut-être pas le revoir, mais elle se disait in petto que si par hasard elle le rencontrait dans un des cercles qu'elle fréquentait, et qu'il vînt lui parler, elle pourrait lui répondre sans craindre de se compromettre; elle était bien aise, en un mot, de ce que le marquis de Pourrières était de ces gens que l'on pouvait connaître.
Laure de son côté, était charmée d'acquérir la certitude que l'homme dont son amie avait fait la rencontre, appartenait à la bonne compagnie, par la raison toute simple qu'elle était persuadée qu'une fois que Lucie serait bien certaine qu'elle n'avait rien à craindre de M. le marquis de Pourrières? les vagues terreurs qu'elle n'avait cessé de manifester et les inégalités d'humeur qui en étaient la suite, disparaîtraient pour ne plus revenir.
—J'espère, dit-elle à son amie, que tu n'éprouveras plus, maintenant que tu es certaine que cet homme, dont ton imagination avait fait une espèce de croque-mitaine, est presque un grand seigneur, de ces folles terreurs qui te rendaient si malheureuse.
—J'étais folle en effet, répondit la comtesse en souriant, à son amie, j'étais véritablement folle. J'y étais bien, moi, dans cet ignoble cabaret, il n'est donc pas extraordinaire qu'il s'y soit trouvé aussi.
Mathéo, écoutait les deux femmes et ne disait rien.