»J'espère être arrivé dans moins de trois mois au but de mon voyage, et mon premier soin sera de vous adresser une lettre, qui vous expliquera celle-ci, et que vous trouverez à Paris, poste restante, aux initiales C. D. N.»
Lucie, après avoir lu cette lettre, sonna avec violence sa femme de chambre, qui se présenta tout effarée dans la chambre à coucher de sa maîtresse. La pauvre fille qui n'était pas habituée à d'aussi brusques appels, croyait qu'il était arrivé malheur à la comtesse, ou que le feu était à l'hôtel.
—Dites à mademoiselle de Beaumont de venir me parler, lui dit Lucie d'une voix brève, et saccadée.
—Mademoiselle est couchée et dort sans doute depuis longtemps, répondit la femme de chambre; cependant, si madame la comtesse le veut absolument, j'irai l'éveiller.
—Non, c'est inutile.
Et comme la femme de chambre attendait qu'il plût à sa maîtresse de lui donner des ordres.
—Vous pouvez vous retirer, lui dit brusquement Lucie; je n'ai besoin de rien.
«Madame, bien sûr, vient de recevoir une bien mauvaise nouvelle, se dit la femme de chambre en se retirant.»
Lucie ne se coucha qu'après avoir relu plusieurs fois la lettre du docteur Mathéo; son sommeil fut agité et plein de songes bizarres au milieu desquels lui apparaissait toujours la physionomie du marquis de Pourrières, tantôt riante et gracieuse, tantôt sombre et terrible.
Les premières lueurs du jour doraient à peine l'horizon, lorsque lasse d'attendre en vain le sommeil réparateur qui s'obstinait à la fuir, elle se jeta à bas de sa couche, se vêtit à la hâte d'un peignoir de mousseline blanche, et monta chez son amie qui dormait encore profondément.