—Tu as oublié, sans doute, que depuis le départ de ton mari pour l'Algérie, tu ne vas que chez la marquise de Villerbanne, et qu'il n'est pas probable que ce soit chez elle que tu le rencontres.
—Tu te trompes; tu te souviens sans doute que ma tante nous a dit que l'on devait lui présenter, lors de sa prochaine soirée, un cavalier dont elle avait beaucoup connu le père pendant l'émigration?
—Eh bien!
—Je suis certaine que ce cavalier dont je n'ai pu demander le nom, n'est autre que le marquis de Pourrières.
—Quelle idée!
—Tu verras si je me trompe.
—Mais en admettant qu'il en soit ainsi, tu peux, il me semble, ne lui parler que si tu y es absolument forcée, et ne le recevoir qu'avec assez de froideur pour lui enlever l'envie de se rapprocher de toi; rien ne nous dit d'ailleurs qu'il sera bien empressé de te parler.
—Je le désire, et bien sincèrement.
—Du reste ma chère Lucie, je n'ai pas besoin de te dire quelle est la conduite que tu dois suivre, en admettant même, ce que je ne puis ni ne veux faire, que le docteur Mathéo ne se soit pas trompé. Le souvenir de ce que tu dois de bonheur à l'affection si vraie de M. de Neuville, de soins pour la conservation de la pureté du nom que tu portes te défendra suffisamment.