Laure prit ses gants, son bouquet et son éventail, et suivit Lucie qui déjà était sortie du salon.

L'entrée de la comtesse de Neuville et de son amie dans le salon de la marquise de Villerbanne excita une certaine rumeur; elles étaient toutes deux si jolies et si bien parées. Aussi, lorsque après avoir présenté leurs hommages à la maîtresse de la maison, elles se furent placées au milieu d'un groupe de jeunes et jolies femmes, charmant parterre dont elles étaient sans contredit les plus belles fleurs, elles se virent de suite entourées d'une cour empressée de rendre hommage à leurs aimables qualités, cour fort bien composée, vraiment, et parmi ceux qui en faisaient partie on pouvait remarquer plus d'un républicain farouche qui se montrait tout aussi bon courtisan que les autres, tant il est vrai que la beauté et les grâces constituent une puissance qui n'a à redouter qu'un seul ennemi, le temps, hélas! qui ne respecte rien.

Lucie, en entrant dans le salon, avait jeté sur tous ceux qui s'y trouvaient un rapide regard, et ce regard lui avait suffi pour reconnaître que celui qu'elle craignait tant de rencontrer n'y était pas; Laure avait répondu à un signe qu'elle lui avait adressé par un léger mouvement d'épaules qui pouvait se traduire ainsi: Tu vois bien, ma pauvre amie, que très-souvent les pressentiments sont menteurs; puis elle avait accepté l'invitation d'un jeune diplomate, qui était venu la prendre à la place qu'elle occupait entre son amie et une assez jolie petite personne qui, elle aussi, n'avait pas tardé à être invitée, de sorte que Lucie demeura, lorsque les premières mesures de l'orchestre se firent entendre, entourée seulement d'un cercle d'hommes qui oubliaient près d'elle et la danse et les tables de bouillotte.

Elle répondait avec sa grâce et sa présence d'esprit ordinaires aux nombreux compliments qui lui étaient adressés, cependant ce n'était pas ce qu'on lui disait qu'elle écoutait, c'était la voix, du valet chargé de proclamer le nom des invités à mesure qu'ils se présentaient, et qui arrivait claire et distincte à son oreille, malgré le murmure confus occasionné par les sons de l'orchestre, le bruit des pas des danseurs qui glissaient sur le parquet, et celui des conversations particulières.

—M. le vicomte de Lussan, dit le valet, M. le marquis de Pourrières.

FIN DU CINQUIÈME VOLUME.

LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS.

LES

DE PARIS,
PAR VIDOCQ.
TOME SIXIÈME.