—Je vous laisse, cher marquis, dit à son ami le vicomte de Lussan, je vais inviter mademoiselle de Beaumont, peut-être bien qu'il me sera possible de la faire revenir de ses préventions contre moi.
—Allez, vicomte, allez, je vais faire des vœux pour vous; mais, pour ma part, je suis très-contrarié de ne pas voir madame de Neuville.
Au moment où Salvador achevait ces mots, Lucie tout à fait remise, rentrait dans le salon conduite par la marquise de Villerbanne, qui était allée la chercher dans sa chambre; ne voyant pas Laure à sa place, (celle-ci dansait déjà avec le vicomte de Lussan); elle s'assit près de sa tante et du vieux chevalier de Saint-Louis, qui avait servi de cavalier à la cantatrice pour la conduire au piano.
Ce vieux chevalier de Saint-Louis était un des meilleurs et des plus anciens amis de la marquise de Villerbanne, qui avait pris l'habitude de le consulter chaque fois qu'elle avait à prendre une détermination importante; et elle considérait comme telle celle d'accorder à une nouvelle personne l'entrée de son salon. Lorsqu'elle était allée chercher sa nièce, elle lui parlait du marquis de Pourrières, elle reprit le même sujet de conversation aussitôt qu'elle fut revenue à sa place.
—Ainsi, dit-elle, je puis en toute assurance inviter de nouveau ce marquis de Pourrières; c'est un galant homme, de mœurs irréprochables, aimable, spirituel, homme du monde enfin?
—J'ai déjà eu l'honneur de vous dire, madame la marquise, qu'il était le portrait vivant de son père, que j'ai beaucoup connu pendant l'émigration.
—Puisqu'il en est ainsi, répondit la marquise, il deviendra, s'il le désire, un des habitués de mon cercle intime. J'ai aussi connu à la même époque feu M. de Pourrières, et puisque son fils lui ressemble...
—Il a commis cependant une faute grave et que le vieux marquis, bien certainement, ne lui aurait pas pardonné, reprit le chevalier.
Lucie était tout oreilles.
—Et quelle faute, mon Dieu! dit la marquise.