—Ah! qu'il vienne! qu'il vienne! s'écria Eugénie, les yeux baignés de larmes, il n'y a plus de danger! je pleure!...

La bonne vieille, que nos lecteurs connaissent déjà, n'avait pas attendu, pour descendre, les ordres de sa maîtresse, et quelques minutes après, Edmond serrait entre ses bras la fidèle amante dont un concours de fatales circonstances l'avait tenu éloigné si longtemps.

Edmond ne pouvait se lasser d'embrasser tour à tour son amante et sa fille, qu'Eugénie avait mise entre ses bras.

Lucie et Laure attendaient patiemment que les premiers transports de ces deux tendres amants étant passés, ils trouvassent le temps de leur adresser quelques paroles; le spectacle de leur bonheur leur faisait du bien; la pensée d'y avoir contribué était un baume réparateur qui contribuait à cicatriser les plaies saignantes du cœur de Lucie.

Edmond, plus fort qu'Eugénie, se rapprocha le premier de la comtesse de Neuville.

—Croyez, madame, lui dit-il, que je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour elle; je me souviendrai toujours que vous vous êtes arraché aux justes préoccupations de votre douleur pour vous occuper de nous. Ah! madame, madame! vous êtes bien la digne femme de mon brave général.

—Ne me remerciez pas, répondit Lucie, depuis que j'ai la certitude que les peines de ma bonne Eugénie sont arrivées à leur terme, je me trouve un peu moins malheureuse; mais n'oubliez pas, M. de Bourgerel, qu'il est une autre personne qui attend votre retour avec la plus vive impatience et chez laquelle je veux aussi vous conduire.

—La bonne madame de Saint-Preuil: ah! je regrette de l'avoir oubliée aussi longtemps, dit Edmond de Bourgerel, mais ne suis-je pas excusable? ajouta-t-il en regardant Eugénie avec des yeux pleins de tendresse.

Celle-ci qui avait jeté un châle sur ses épaules, était déjà prête à partir, et quelques instants après ils étaient tous arrivés chez madame de Saint-Preuil.

—Je ne viens pas, madame, dit Edmond en pliant les genoux devant la vieille dame que les trois jeunes femme avaient précédemment préparée, implorer un pardon que déjà vous avez eu la bonté de m'accorder, je viens seulement vous prier d'embrasser l'époux de votre nièce et vous donner l'assurance que tous mes jours seront consacrés à vous faire oublier les peines que j'ai pu vous causer.