De Préval, fit monter les deux femmes dans sa voiture et se plaça modestement sur le devant; il se montra, du reste, si réservé dans ses discours, si rempli de petites prévenances et de délicates attentions, que la vieille dame, qui d'abord l'avait regardé comme un ennemi qu'elle devait surveiller, finit par lui accorder les plus gracieux sourires. La voiture s'étant arrêtée devant un riche magasin de nouveautés, de Préval dit à l'institutrice que son général l'avait chargé de faire quelques acquisitions qu'il désirait offrir à Catherine, et il pria les dames de vouloir bien descendre afin de l'éclairer de leurs conseils.

Des femmes auxquelles on propose d'aller examiner les riches étoffes et les mille futilités qui servent à leur toilette, qu'elles soient jeunes ou vieilles, laides ou jolies, acceptent sans se faire beaucoup prier. Les dames entrèrent avec de Préval dans le magasin; des commis portaient dans la voiture tout ce qui plaisait à ces dames, qui jamais ne s'étaient vues à pareille fête, Préval paya sans marchander tout ce qu'elles avaient choisi. Les acquisitions étaient faites, Céleste, aussi joyeuse qu'un pinson, avait repris sa place dans la voiture, lorsqu'un commis, auquel de Préval avait donné le mot, appela l'institutrice en lui disant qu'elle oubliait quelque chose et l'entraîna au fond du magasin, de Préval se plaça promptement auprès de Céleste, et, sur un signe qu'il fit au cocher, les chevaux partirent au galop.

—Vous ne me conduisez donc pas chez le général dont vous me parliez il n'y a qu'un instant, dit Céleste après quelques instants de silence.

De Préval voulut protester.

—Vous cherchez en vain à me tromper, dit Céleste; si vous me conduisiez auprès de mon père, vous ne laisseriez pas ici ma conductrice; au reste, je vous ai reconnu de suite, c'est vous qui, hier, me suiviez aux Tuileries.

—Ah! vous m'avez reconnu, dit de Préval, que la parole brève et le ton décidé de la jeune fille étonnaient singulièrement.

—Oui, et maintenant, au lieu de me conduire chez un général qui ne sait seulement pas si j'existe, vous me conduisez probablement dans quelque lieu écarté, dans une petite maison peut-être; c'est ainsi que cela se pratique dans les romans que j'ai lus en cachette.

Céleste, se mit à rire aux éclats; l'étonnement de de Préval était si complet qu'il ne savait plus ce qu'il devait dire.

—Au reste, continua la jeune fille, cela m'est égal, je ne crains rien, et vous ne me ferez faire que ce qui me conviendra.

—Ah! c'est comme cela, se dit de Préval, je crois que j'ai fait une conquête plus précieuse que je ne l'espérais. Faut-il, continua-t-il en s'adressant à Céleste, donner l'ordre au cocher de nous ramener à Saint-Denis.