—Je ne veux pas, madame la comtesse, dit-il, en prolongeant indéfiniment cette visite abuser de la faveur que vous avez bien voulu m'accorder, je vais donc me retirer; mais ne me sera-t-il pas permis de venir quelquefois vous présenter mes hommages?

—M. le marquis, vous faites en ce moment de la diplomatie, et vraiment cela n'est pas bien.

—Je ne comprends pas, madame la comtesse.

—Dites que vous ne voulez pas comprendre et je vous croirai: n'êtes vous pas venu hier me faire une visite que j'ai reçue avec infiniment de plaisir?

Salvador embrassa, avec plus d'ardeur encore qu'il venait de le faire, la main de Lucie, car la réponse qu'elle venait de lui faire équivalait à une autorisation expresse de se présenter quand il le jugerait convenable à l'hôtel de Neuville.

VI.—Un digne prêtre.

Salvador, lorsqu'il rentra à son hôtel, y trouva le vicomte de Lussan qui venait d'engager avec Roman une discussion qui, sans être orageuse, paraissait cependant très-animée.

—Vous arrivez fort à propos, lui dit le vicomte, pour m'accorder ce que me refuse absolument notre digne ami, que je ne croyais pas capable d'un pareil procédé à mon égard.

—Mais qu'est-ce donc, répondit Salvador, qui avait cru remarquer sur le visage de Roman la trace d'un certain embarras dont il était bien aise d'avoir l'explication.

—Voici le fait, cher marquis, ajouta de Lussan: J'ai absolument besoin de cinq mille francs, et comme ma caisse est malheureusement veuve de mon dernier écu, je suis venu tout naturellement vous prier de me prêter cette bagatelle; ne vous trouvant pas, je me suis adressé à notre ami, eh bien! le croiriez-vous? il m'a refusé.