—Mais qu'avez-vous donc, cher marquis? lui dit-il, car l'exclamation de Salvador n'était pas arrivée jusqu'à lui.
Personne n'est plus sensible à un vol qu'un voleur; on en a vu plus d'une fois ne pas craindre de se faire arrêter, afin de se procurer la douce satisfaction de faire punir judiciairement celui de leurs complices qui s'était rendu coupable à leur égard d'une soustraction frauduleuse. Nous prions donc nos lecteurs de ne pas être étonnés de l'indignation à laquelle va se livrer le malheureux Salvador.
—Je suis volé, répondit-il à la question du vicomte de Lussan, volé comme dans un bois. J'avais dans ce tiroir dix-sept mille francs en billets de banque et cinquante napoléons doubles; eh bien! ils ne m'ont rien laissé, les brigands!...
—Et vous pouvez ajouter que le vol a été commis par des gens qui s'y connaissaient, s'écria le vicomte de Lussan, qui avait enlevé la serrure et l'avait examinée avec l'œil exercé d'un connaisseur. Les fausses clés dont on s'est servi ont été fabriquées de main de maître, car elles n'ont laissé sur les garnitures que des traces à peine visibles.
—Mais c'est une infamie! s'écria Salvador lorsqu'il fut enfin sorti de l'état de torpeur dans lequel il avait été plongé par la découverte du vol dont il venait d'être la victime; c'est une véritable infamie! mais je vais de suite aller déposer ma plainte chez le commissaire de police de mon quartier, et, s'il plaît à Dieu, les audacieux auteurs de ce crime seront punis comme ils le méritent.
—Mais qui accuserez-vous? my dear, dit le vicomte de Lussan, que la déconvenue de Salvador amusait singulièrement.
—Mais si je savais qui je dois accuser, croyez-vous par hasard que j'aurais besoin, pour punir le coupable, d'aller mettre la police dans la confidence de mes affaires?
—Est-ce que vraiment vous avez l'intention de vous plaindre?
—Allons donc, vous êtes fou, cher marquis.