—Après, continua-t-elle, charmée de la bienveillante attention que ses auditeurs voulaient bien lui accorder, vous me direz que l'on a quelquefois des raisons pour ne point vouloir se marier au vu et au su de ses pareils; par exemple, quand une demoiselle a eu des malheurs, et que le mari ne l'épouse que pour sa dot.

—A-t-elle de l'esprit cette mère Pitroux, dit un gros joufflu, le coq du village, en riant bêtement, elle sait tout ce qui se passe, que j'vous dis.

—Un peu que j'sais ben des choses, et que si j'voulions parler j'pourrions vous en apprendre de belles sur le compte de c'te belle mariée, de son épouseur et d'ce rougeau d'Anglais, qu'est soi-disant son oncle; mais je m'tais, j'n'ai pas oublié qu'à son dernier prône monsieur le curé nous a dit qu'il ne fallait pas médire de son prochain.

La vieille sorcière ne se taisait que parce qu'elle ne savait absolument rien, et que son instinct de méchante femme lui disait qu'elle en avait assez dit pour donner matière à toutes les conjectures.

—M'est avis, dit le gros joufflu, que l'Anglais n'est pas plus l'oncle de la mariée que je n'suis le neveu de M. le curé, et que c'est pour se débarrasser d'elle qu'il la repasse avec une bonne dot au jeune homme qui va l'épouser.

—Un bel homme tout d'même, répondit la femme qui avait parlé la première, et qui, comparée aux autres villageoises, était une excellente femme; et qui va épouser un beau brin de jeune fille! On peut dire d'eux tout ce qu'on voudra, ça ne les empêchera pas de faire un joli couple.

—C'est-à-dire, reprit le gros joufflu, très-vexé sans doute de ce qu'une femme se permettait de trouver bien un autre homme que lui, l'homme n'est pas déjà si bien, il est trop grand.

—Tu dis ça parce que tu es petit, mon garçon.

—On est ce qu'on est, mame Catois, ça n'empêche pas qu'on ne changerait pas de figure avec tous ces farauds de Paris, qui ne viennent dans nos villages que pour nous humilier.

—Vous me faites suer avec toutes vos médisances, s'écria la bonne madame Catois; tenez, puisqu'il faut que j'vous le dise, vous n'avez pas plus de reconnaissance que des crocodrilles. Lorsqu'il n'y avait personne au château, vous disiez tous les jours: Ah! y faudrait pour le bien du village que c'te propriété fusse habitée par des gens riches. Eh ben! il est venu des riches, et des bons, qui ont fait du bien à tous les pauvres de la commune, et qui viennent encore, à l'occasion de leur mariage, de remettre pour eux, à not' maire, une bonne grosse somme; eh ben! parce qu'ils veulent se marier ici, v'là que vous vous mettez à les déchirer ni pu ni moins que s'il vous devaient queque chose. Fi! fi, vous devriez être honteux.