A cet appel, une grande et forte jeune fille se présenta à l'entrée de la chambre.

—Marie, lui dit Silvia, M. le Marquis de Pourrières va passer ici le reste de la nuit. Vous allez donc, ma fille, vous enfermer dans votre chambre, dont vous ne sortirez que demain matin, lorsque je vous appellerai, lorsque je vous appellerai, entendez-vous, Marie?

—Oui, madame, répondit la servante; je ne sortirai de ma chambre que lorsque vous m'appellerez, j'ai bien compris.

—C'est bien, mon enfant.

La servante se retira.

—Il faut tout prévoir, dit Silvia en souriant lorsqu'elle fut seule avec Salvador, si par hasard il vous prenait la fantaisie de me traiter de la même manière que ce pauvre M. Lebrun, cette fille resterait après moi!

—Ah! quelle pensée, s'écria Salvador en se mordant les lèvres.

—Osez dire, lui répondit Silvia en le regardant en face, que l'idée de vous débarrasser de moi ne s'est jamais présentée à votre esprit?... Du reste, je ne vous en veux pas, continua-t-elle après quelques instants de silence; la même pensée me serait peut-être venue, si j'avais été à votre place; vous ne pouvez pas lire dans mon cœur, vous ne pouvez pas deviner tout ce qu'il renferme, pour vous, de dévouement et de sentiments affectueux.

Il y avait dans la voix de Silvia, lorsqu'elle prononça ces mots, un tel accent de tendresse, que Salvador, qui venait de tuer celui que depuis près de vingt ans il avait pris l'habitude de nommer son ami, fut presque ému.

—Si je vous gêne, ajouta Silvia, si l'un de nous deux est de trop sur la terre, ne craignez pas de manifester votre volonté; dites un mot, un seul mot, j'ai assez de courage pour mourir, pourvu que ce ne soit pas votre main qui tranche le fil de mes jours.