—Que faut-il faire? dit un des soldats.

—Conscrit! répondit d'une voix brève le caporal, il faut aller chercher le commissaire de police.

—On va venir lever le cadavre, dit Salvador.

—A leur aise, répondit Silvia.

Les deux assassins quittèrent la place qu'ils occupaient près de la fenêtre, et vinrent s'asseoir l'un près de l'autre sur un divan.

—Vous n'avez pas répondu à la question que je vous ai adressée, lorsque je suis entré ici, dit Salvador après avoir serré les deux mains de Silvia entre les siennes.

—Vous m'avez demandé, je crois, pourquoi j'avais quitté l'hôtel des Princes, pour venir habiter cette maison?

Salvador fit un signe affirmatif.

Silvia, après s'être recueillie quelques instants, raconta à son amant que quelques paroles échangées entre lui et celui qui venait d'être tué, paroles qu'elle avait saisies au passage, lui avaient appris que le bon H. Lebrun qui prenait sans façon de l'argent dans la caisse de son maître, n'était pas un intendant ordinaire; que le vicomte de Lussan lui ayant appris, il y avait déjà quelque temps, que Lebrun jouait et perdait des sommes considérables, elle s'était empressée de prévenir le marquis de Pourrières, mais que la réponse qu'elle avait reçue à la lettre qu'elle lui avait adressée, ne l'avait pas satisfaite, et que bien certaine que l'argent que perdait Lebrun, avec tant de laisser aller, n'était pas le produit d'une affaire, elle avait voulu savoir ce qu'il faisait, afin d'écrire encore à son amant, s'il se présentait quelques faits nouveaux. Pour arriver au but qu'elle voulait atteindre, elle n'avait pas trouvé de meilleur moyen que celui de venir se loger près de l'hôtel de Pourrières; elle n'avait pas pour cela abandonné son logement de l'hôtel des Princes, qu'elle occupait toujours; son logement de la rue de Courcelle, n'était qu'un observatoire, en venant s'y installer suivant sa coutume de tous les jours, elle avait reconnu Salvador, malgré tous les soins qu'il avait pris pour se rendre méconnaissable; elle s'était de suite doutée qu'il ne se tenait ainsi caché, que parce qu'il avait en tête quelques projets dont le bon M. Lebrun devait être la victime. Charmée de voir enfin son amant prendre une détermination énergique, elle était venue pleine de joie se mettre à sa fenêtre d'où elle avait vu, sans être aperçue, tout ce qui s'était passé, cachée qu'elle était par les volets seulement entr'ouverts.

Le marquis de Pourrières savait le reste.