Salvador avait affaire à un homme aussi tenace qu'il l'était lui-même, et il était en quelque sorte sous sa dépendance, il fut donc forcé de subir sa loi.
—Je me résigne, dit-il à Juste, mais comme vous devez savoir que, quelque considérable que soit la fortune que l'on possède, on n'a pas toujours quatre-vingt-dix mille francs à sa disposition, j'espère que vous voudrez bien me donner le temps de rassembler cette somme?
—Tout le temps que vous voudrez, M. le marquis, tout le temps que vous voudrez, quinze jours, un mois même; seulement, vous me souscrirez pareille somme de lettres de change et vous me consentirez une hypothèque sur vos biens.
—Je ferai tout ce que vous voudrez, M. Juste.
—Je suis charmé, M. le marquis, de ce que vous voulez bien vous montrer raisonnable, je vous remettrai demain chez votre notaire, les lettres de change souscrites par votre intendant.
—Soit, à demain dix heures, chez maître Chardon, notaire.
Juste reconduisit le marquis jusqu'à la porte de son habitation.
Lorsque Salvador fut dans la rue et qu'il eût fermé sur lui sa porte, Juste ouvrit le guichet grillé qui y était pratiqué, il colla derrière sa face ridée et parcheminée.
—M. de Pourrières, M. le marquis, s'écria-t-il.
Salvador qui allait monter en voiture se retourna.