Une grosse servante, douée d'une physionomie ronde et colorée, et d'appas formidables, récure dans un coin les assiettes d'étain et les cuivres, ornements brillants d'un vaste dressoir placé vis-à-vis de la cheminée; cette servante et Vernier les bas bleus sont seuls dans la salle, les autres habitants de l'auberge se sont assis sur les deux bancs de pierre placés devant la porte afin de respirer l'air frais de la soirée.
Lorsque la grosse servante cesse un instant, afin de reprendre haleine, de frotter vigoureusement les plats et les casseroles qu'elle s'est chargée de faire reluire, elle jette des regards d'intérêt sur Vernier les bas bleus, qui alors se rapproche du feu et laisse de sourds gémissements s'échapper de sa poitrine.
Nous n'avons pas encore dit à nos lecteurs que Vernier les bas bleus est un très-bel homme qu'il est doué d'une physionomie pleine et colorée, ornée d'une magnifique paire de favoris noirs, bien capable de tourner la tête d'une servante d'auberge.
Un gémissement plus fort et mieux accentué que tous ceux qui l'avaient précédé, fit brusquement lever la tête à la grosse fille; elle laissa tomber à terre le chiffon imprégné de sablon et le plat d'étain qu'en ce moment elle tenait entre ses mains.
—Ça ne va donc pas mieux? dit-elle à Vernier les bas bleus.
—Ça va plus mal, au contraire, ma bonne demoiselle, répondit le bandit.
—Voulez-vous queuque chose? reprit la servante, intérieurement flattée de s'entendre appeler mademoiselle.
—Je vous remercie bien, ça se calme.
—Pourquoi qu'vous avez voulu vous lever? lorsqu'on est malade il faut rester au lit.
—J'avais froid, et j'ai pensé qu'un air de feu me ferait un peu de bien.