—Pas aujourd'hui.

—Tu ne le verras sans doute qu'après demain; d'ici-là, je te dirai ce qu'il faudra lui demander.

—Es-tu bien sûr de cet homme, Duchemin?

—Sûr comme de moi-même; il est intéressé, je lui donne de l'argent; il est poltron, je puis lui faire couper le cou.

Cette conversation entre Salvador et Duchemin avait eu lieu à voix basse, de manière à ce que Servigny, qui, par discrétion, s'était éloigné de toute la longueur de sa chaîne, ne pût rien entendre. Lorsque Duchemin rejoignit son compagnon après avoir quitté Salvador, les forçats rentraient dans leurs salles respectives.

Après la distribution du vin, Duchemin et Servigny eurent ensemble la conversation suivante:

—Vous avez deviné, dit Duchemin, que j'ai l'intention de m'évader avec le payot Salvador?

—Oui, répondit Servigny, mais c'est le hasard seul qui m'a appris quels étaient vos projets.

—Je le sais; vous auriez pu, en nous dénonçant, obtenir quelques faveurs, être déferré par exemple.

—Je ne vous ai pas dénoncé, parce que je ne puis vouloir vous empêcher de faire ce que je voudrais pouvoir faire moi-même.